« Notre objectif est de favoriser l’émergence de projets collaboratifs en facilitant la rencontre entre les acteurs du monde rural », affirme Emilie Goriau, chargée de mission Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural) au sein de la DRAAF de Picardie (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt). C’est la vocation du Réseau rural de Picardie, une plate-forme de réseau social régional lancée en octobre 2010 et financée conjointement par l’Europe, l’Etat et la région Picardie.
Le réseau regroupe aujourd’hui 185 membres actifs, plus de 1000 structures référencées (établissements publics, sociétés privées, associations, etc.), et plus de 170 groupes projets constitués, et cela « sans communication publique, rien que par le bouche-à-oreille », précise Pierre-Marie Lamellière, animateur du réseau et gérant de la société Worketer qui a développé la plate-forme.
Les statistiques sont encourageantes : 4800 visiteurs avec un peu plus de 7 pages consultées par visite, 35000 pages vues. « C’est très intéressant, car les membres ne viennent pas simplement chercher l’information qui les a amenés sur le réseau, mais ils "butinent” et s’intéressent aux autres projets, échangent avec les autres membres, le réseau est en marche », se félicite Emilie Goriau.
A la différence d’autres régions en France qui ont choisi de centrer leur réseau sur deux ou trois thèmes particuliers, le réseau social picard a choisi la transversalité la plus large possible pour regrouper tous ceux qui s’intéressent à la ruralité. L’enjeu est de décloisonner les acteurs en favorisant l'échange entre les porteurs de projets, les animateurs, les territoires et les réseaux existants.
En atteste la richesse des profils des membres et la diversité des projets initiés : sensibilisation aux enjeux de l’agriculture biologique au sein des écoles, promotion des produits du terroir, aide à l'acquisition collective de foncier pour les agriculteurs dits "non conventionnels", développement de l’agritourisme, ou encore, différentes actions de valorisation du patrimoine artistique et culturel.
Le réseau est construit sur trois piliers : les membres, les projets et les structures. « L’idée est de mettre en relation des porteurs d’idées et de projets avec les compétences et les structures qui peuvent y être associées », explique Pierre-Marie Lamellière. Ainsi, un membre du réseau peut initier un projet en renseignant une fiche où il précise les objectifs qualitatifs, la stratégie pour y parvenir, les résultats attendus, les besoins en compétences nécessaires au développement du projet. Chaque membre du réseau peut s’y associer en tant que contributeur ou observateur.

Un moteur de recherche permet au porteur de projet de remonter tous les contacts, structures, documents associés à un mot clé. La plate-forme offre toutes les fonctions de base pour communiquer, échanger et participer : messagerie privée, chat, partage de documents en ligne, profil détaillé des membres indiquant notamment leurs compétences, leurs sujets d’intérêt, les projets qu’ils ont initiés ou auxquels ils participent. Un espace collaboratif regroupe tous les participants et les ressources d’un projet. Un module de géolocalisation permet également d’identifier les projets et les compétences disponibles à proximité.
Pour développer le réseau, « nous déployons de manière concomitante l’animation dans le monde virtuel et l’animation sur le terrain », explique Pierre-Marie Lamellière. Pour cela, il a fait le tour des pays de la région pour rencontrer les acteurs, leur expliquer la démarche, identifier leurs besoins et les amener à participer au réseau.
Prochaine étape : développer des modules qui permettront des regroupements et une animation par pays. « Pour accompagner ce travail, nous réfléchissons au développement d’un module destiné aux animateurs sur les territoires pour une assistance à l’ingénierie de projet », conclut Emilie Goriau.