Interview du président-fondateur de Human Connect

François Badénès : « Beaucoup de grandes entreprises font du Social Washing »

François Badénès, Human Connect François Badénès, président-fondateur de Human Connect.

Spécialisée dans les usages innovants orientés collaboratifs, la société nantaise Human Connect a commencé son histoire en 2008 dans le monde du conseil et de la formation. Depuis trois ans, elle propose aussi un réseau social d'entreprise basé sur la plate-forme Open Source Elgg, Human Community, et une solution d'innovation participative, le Laboratoire d'idées. Président-fondateur de Human Connect, François Badénès revient pour Collaboratif-info sur le développement actuel de la collaboration en entreprise et sur l'actualité de la société, également présente à Bordeaux, Lyon et Paris.

Que diriez-vous en quelques mots pour décrire Human Connect ?
François Badénès :
Dans notre ADN, il y a la volonté d'accompagner le changement et d'aider les organisations à intégrer des méthodes agiles et des solutions collaboratives. Cette caractéristique se retrouve dans nos différentes activités, depuis la formation aux usages du web 2.0 et du Mind Mapping jusqu'à notre métier d'éditeur, celui-ci comportant une forte composante accompagnement.

Comment évolue cette dernière activité d'éditeur ?
François Badénès :
Nous continuons de creuser notre sillon. Notre réseau social d'entreprise (RSE), Human Community, est par exemple déployé depuis l'an dernier chez Fret SNCF, où il s'inscrit dans le projet d'entreprise autour de la collaboration et de la transversalité. Il y rapproche, entre autres, les managers au quotidien. La chaîne de restauration rapide La Mie Câline nous a aussi retenu, pour une plate-forme de type intranet 2.0 qui sera lancée début juin. Là encore, il y a un fort enjeu de décloisonnement, notamment entre la R&D, le service marketing et les franchisés. Sur d'autres registres que l'entreprise, parmi les projets récents, il y a aussi Term, un cluster européen rassemblant une communauté de chercheurs et d'entreprises sur le thème de la médecine régénérative, ou encore Lconnect, le réseau professionnel des femmes de la métropole bordelaise. Mais nous équipons également des CFA ou des écoles. Nous croyons d'ailleurs beaucoup au RSU, le réseau social universitaire ou de grande école, pour animer la relation enseignants-étudiants ou le réseau d'anciens élèves.

Et côté plate-forme d'innovation participative...
François Badénès :
Depuis 2011, notre Laboratoire d'idées équipe Adecco en France, où il est intégré à l'intranet comme dispositif d'écoute et d'échange de bonnes pratiques. Il s'apprête à être étendu au niveau monde, en douze langues. Chez Fret SNCF, il est disponible parmi les outils de chaque communauté, tandis que, à La Mie Câline, il est accessible au niveau de la plate-forme globale. IBP, l'informatique des Banques Populaires, vient également de le déployer, en allant jusqu'à mettre des écrans tactiles dans les couloirs du siège social pour que les collaborateurs puissent facilement consulter les idées proposées, voter pour elles ou en soumettre.

Human Community

Human Community, le réseau social de Human Connect, permet à l'utilisateur de paramétrer sa page d'accueil grâce à un système de widgets.

Laboratoire d'idées, Human Connect

Le Laboratoire d'idées, plate-forme d'innovation participative de Human Connect, peut être ajouté comme outil soit du réseau social Human Community, soit de chacune de ses communautés.

Concernant le monde de l'entreprise, quelle perception avez-vous du développement du collaboratif ?
François Badénès :
Franchement, je trouve que beaucoup de grandes entreprises, en général du Cac 40, font du Social Washing. Elles se livrent à de grands effets d'annonces sur le déploiement d'un RSE, mais la réalité vécue par leurs collaborateurs est souvent loin d'être à la hauteur des objectifs affichés. Ensuite, dans les colloques, les séminaires ou les médias, les grands comptes sont sur-représentés. Il n'y a quasiment pas d'exemples dans des PME, qui constituent pourtant 95 % de l'économie française.

Les PME commencent à adopter des solutions collaboratives...
François Badénès :
De plus en plus, oui. Elles le font d'ailleurs de manière plus adroite que les grands comptes. Non seulement elles sont structurellement plus agiles qu'eux, mais elles ont des attentes réelles en termes de résultats opérationnels. Il leur est impossible de payer un million et demi d'euros pour un outil qui va se révéler une véritable usine à gaz et ne pas marcher !

A propos de résultats, que pensez-vous de la résurgence des débats sur le ROI des RSE ?
François Badénès :
Certains passent effectivement leur temps à en parler. Mais je trouve que c'est une question biaisée. J'aurais davantage envie que l'on parle de retour sur intelligence et de retour sur innovation. Au passage, il est quand même incroyable de se focaliser sur les réseaux sociaux d'entreprise à propos de ROI alors que l'on ne se pose pas la question pour les intranets actuels. Ceux-ci ne sont pourtant pas souvent à la hauteur et les collaborateurs les vivent très mal. Cela dit, il faudrait apporter au ROI une dimension sociale et de communication. Evaluer les RSE en se demandant : est-ce qu'ils font gagner du temps ? Est-ce qu'ils améliorent le climat social ? Est-ce que les collaborateurs se sentent mieux dans leur peau que dans une entreprise très cloisonnée ? Etc.

Vous disiez qu'en tant qu'éditeur vous proposiez une forte composante accompagnement...
François Badénès :
Un projet de RSE ou collaboratif étant d'abord un projet de management et de communication interne, l'accompagnement est un facteur clé de succès. Historiquement, Human Connect a commencé dans le conseil, sur des problématiques de Knowledge Management, de conduite du changement, etc. Nous avons donc l'expertise pour accompagner fortement nos clients et avoir des consultants venant des sciences sociales est un avantage en la matière. L'enjeu est de lever les freins culturels et de faire adhérer. Cela passe par une stratégie des petits pas, où l'on voit grand mais commence petit, pour ne pas donner le sentiment que l'on impose une couche administrative, de reporting ou de communication supplémentaire. Et il faut avoir une stratégie d'adhésion progressive, avec beaucoup de formation et de Community Management interne.

Filet relance

« Le premier vecteur de succès d'un projet de réseau social d'entreprise est l'accompagnement, le second la qualité des interfaces »

Filet

Quelles problématiques rencontrez-vous sur ce type de projets ?
François Badénès :
Le fait qu'ils soient portés trop souvent par la seule DSI constitue un risque d'échec. Ils devraient réunir aussi la DRH et la Communication, avec un sponsoring interne très fort. Nous tâchons d'ailleurs de cibler tous ceux censés porter la vision transversale dans l'entreprise, DRH, responsables conduite du changement, Knowledge Manager, etc., et pas seulement la DSI. Parmi les freins que nous rencontrons, il y a la peur d'aller à la rencontre du potentiel d'innovation des salariés, de les écouter. D'autres fois, des processus d'innovation participative existent, mais les étapes de validation des bonnes idées sont tellement nombreuses que cela en est décourageant. Il faut donc simplifier les process et miser sur l'animation.

Vous parliez plus haut d'outil et d'usine à gaz. Dans les débats sur le collaboratif, il y a parfois un discours exclusivement centré sur le management...
François Badénès :
Un projet collaboratif n'est pas un projet technique et l'accompagnement constitue le premier facteur de succès. Mais nous estimons que le second point critique est le design de l'interface. C'est d'ailleurs pourquoi nous avons travaillé six mois avec l'école de design de Nantes sur la qualité des interfaces de nos solutions.

Et comment vous positionnez-vous par rapport aux problématiques d'intégration ?
François Badénès :
Nous croyons au principe de la passerelle. Nous avons des connecteurs pour des application métiers. Nous sommes aussi capables, par exemple dans une optique de veille, d'intégrer des flux d'information aux formats Twitter, Scoop.it ou encore Pearltree. Nous avons également des liens vers Office de Microsoft et vers Mindjet. Récemment, à la demande d'un client, nous avons intégré une brique Doyoubuzz pour offrir des capacités élevées de profil enrichi et de recherche d'expertise. Autre exemple, sur le plan fonctionnel, nous disposons désormais d'un outil pour réaliser des conférences web. En revanche, nous n'avons pas la prétention d'intégrer au RSE d'autres solutions, comme la gestion documentaire par exemple. Si l'on veut un réseau social avec des communautés qui vivent, il faut se limiter à un certain nombre d'usages. Le guichet unique qui regrouperait toutes les autres applications, cela s'appelle SAP, ça coûte des millions et ne marche pas.

Pour conclure, qu'est-ce qui vous étonne encore dans les discours sur les réseaux sociaux d'entreprise ?
François Badénès :
Les personnes qui continuent à parler de réseaux virtuels et n'ont pas encore compris que les RSE sont des plates-formes de mise en relation et de partage, qui peuvent être notamment très utiles pour des organisations ayant des problématiques de management à distance. Les RSE permettent de créer ou re-créer du lien. Et, dans certains cas, comme j'ai pu le constater, ils contribuent à faire régner un bon climat social.

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