Conférence EFE

Héloïse Lauret : «Amener une culture d'innovation requiert de savoir passer par la fenêtre»

En 5 ans, Héloïse Lauret a mis en place, chez BNP Paribas Cardif, un catalogue de services de ruptures au service des directions de son entreprise : hackathons, learning expedition, événement de co-création avec les partenaires, incubateur interne, facilitation d’ateliers de créativité. Son ambition : mettre en œuvre ce qui peut fédérer les hommes et les femmes de son entreprise, les embarquer dans une transformation profonde des façons de faire.

Le 9 décembre prochain, elle interviendra lors de la 4e édition du Panorama des innovations managériales, la conférence organisée par EFE, en partenariat avec la revue Business Digest et Collaboratif-info (découvrez le programme complet).

Héloïse LauretHéloïse Lauret, responsable RSE et innovation, BNP Paribas Cardif.

La culture de l'innovation, comment cela se concrétise-t-il au sein de BNP Paribas Cardif ?

La démarche autour de la culture de l'innovation est née il y a 7 ans chez BNP Paribas Cardif et je la décrirais comme étant la démarche des petits pas. Nous avons démarré petitement par la mise en place de programmes de formation dédiés à la créativité et au management de l'innovation ainsi qu'à la mise en place de Prix de l'Innovation à travers nos 37 filiales. Puis nous avons développé une prestation de facilitation par la créativité dans une salle dédiée : La Fabrique. Deux ans plus tard, ce sont près de 60 ateliers par an que nous animions avec mon équipe, et ce pour le compte de toutes les directions de l'entreprise.

En 2013 nous avons cherché à augmenter notre impact sur les projets de l'entreprise en mettant en place une démarche basée sur notre connaissance des méthodologies nouvelles (design thinking, lean start up, business model canvas, etc) et sur l'important réseau externe que nous nous sommes créé ces dernières années. C'est ainsi que nous avons mis en place les démarches Jam (séance d'innovation sur des thématiques stratégiques avec des équipes moitié cardifiennes, moitié externes – sociologues, désigners, acteurs de l'innovation d'autres industries), les Sharing Days (séances de cocréation avec nos partenaires et prospects pour réaliser ensemble les prototypes de nos futures collaborations) et, plus récemment, le Booster Bootcamp (accélérateurs de projets internes à l'entreprise).

Jam Session, Booster Bootcamp, Sharing Days... Cela parait très marketing. Pourquoi ces différents événements ?
Ce qui est intéressant dans notre mission chez BNP Paribas Cardif, c'est que nous inventons notre métier au fur et à mesure de nos observations, des opportunités que nous voyons, de la proposition de valeur que nous pensons pouvoir apporter aux équipes. Nous imaginons donc ces différents formats pour répondre chaque fois à des besoins spécifiques que nous identifions ou pour répondre à des besoins précis formulés par des managers en interne. Il y a certes un aspect marketing à ces événements. Et c'est un marketing efficace si l'on en juge par l'engouement des collaborateurs à pouvoir participer aux prochains événements.

Mais par les temps qui courent, et compte tenu des réductions budgétaires et de ressources en cours chez nous, comme ailleurs, le critère principal de réussite que nous nous imposons est le taux de transformation des concepts mis en œuvre pour chacun des événements. Nos "clients" internes sous-estiment d'ailleurs souvent la phase de préparation de chacun de ces formats, phase pourtant indispensable pour garantir la qualité du choix des participants (internes et externes) et la précision des livrables. Quoi qu'il arrive, la preuve s'il en fallait que notre mission ne consiste pas seulement à organiser des événements "paillettes" c'est... que nous sommes toujours là. Il va sans dire que si nous ne contribuions pas à délivrer des projets, nous aurions déjà disparu. Quelle chance de ne devoir sa survie qu'au succès de ce que nous entreprenons !

Quelles qualités doit posséder un responsable innovation ?
Dans une grande entreprise comme la mienne ? La persévérance ! En effet, amener une culture d'innovation dans des environnements très contraints requiert de savoir passer par la fenêtre, mais avec douceur et souplesse. Et pour cela bien entendu, il faut être particulièrement créatif et en même temps avoir parfaitement les pieds sur terre afin d'être en mesure d'évaluer jusqu'où il est envisageable de pousser la zone de confort des différents acteurs de l'entreprise. Et je dirais surtout que c'est ce challenge quotidien, source d'excitation et de plaisir, qui pousse à avancer, malgré les nombreux obstacles qui apparaissent à chaque nouveau pas que nous faisons.

Si vous deviez citer une source d'inspiration dans votre métier, quelle serait-elle ?
Ma source d'inspiration ce sont les autres, anonymes et moins anonymes, qui comme nous travaillent chaque jour à accompagner les personnes qui les entourent dans des aventures qui paraissaient impossibles. Je suis très curieuse des gens, je pose énormément de questions, je cherche à comprendre et à décortiquer. Ce qui marche et ce qui ne marche pas et pourquoi. Dans le monde des entrepreneurs, des intrapreneurs, des aventuriers, des gens en général. Puis je fais le tri, je mélange et je réinvente pour adapter à notre culture et à notre contexte, en cherchant toujours ce juste milieu entre rupture et réalisme, innovation et transformation.

Quels conseils donner pour une personne qui souhaite mettre en place une démarche d'Open Innovation ?
Je dirais que pour mettre en place une démarche d'open innovation il faut d'abord s'être constitué un réseau externe de taille. Car l'Open Innovation ce n'est pas seulement mettre en contact des fonctions de l'entreprise avec les quelques start up qui vont bien, surtout quand on connaît la difficulté de transformer vraiment du business avec les start up. L'Open Innovation, selon moi, c'est d'être en mesure de mettre les différentes fonctions en relation avec tous types d'acteurs qui peuvent les aider à avancer sur leurs sujets : designers, clients, experts, acteurs d'autres industries confrontés aux mêmes problématiques, acteurs du même groupe réfléchissant aux même sujets. Il est donc crucial de cultiver ses propres communautés, internes et externes, mais aussi d'être en mesure d'avoir une proposition de valeur qui intéresse autant votre client interne que l'expert externe que vous sollicitez.

Panorama des innovations managériales

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