Le Web sémantique, déjà une réalité, pas encore un phénomène de masse

Pendant deux jours, les 17 et 18 janvier, les intervenants à la conférence SemWeb.pro se sont évertués à démontrer, via des retours d'expérience, des ateliers et des tables rondes, que le Web sémantique, aussi appelé Web 3.0, est devenu une réalité.

« On entend encore qu'il s'agit encore de recherches, regrette Yvan Herman, en charge de l'activité Web sémantique au W3C, mais le web sémantique est sorti des laboratoires. Des communautés se sont créées autour de petites sociétés, en France comme ailleurs, et des entreprises comme IBM, Oracle ou la BBC l'utilisent en interne. »

Et de citer également des sociétés comme Chevron ou Novartis, confrontées à d'énormes quantités de données, venues de différentes sources, qu'il leur faut gérer. Les technologies du Web sémantique servent justement à intégrer ces données de manière facile et dynamique.

Il faut du temps pour qu'un standard soit massivement adopté

Les standards (RDF, OWL, SparQL... ) existent plusieurs années, certains depuis 2004, mais leur adoption prend du temps. A cela plusieurs raisons. L'adoption de standards est un processus lent, qui s'étale parfois sur 10 ans. Ce fut ainsi le cas pour les feuilles de styles CSS (Cascading style sheets).

De plus, « le ticket d'entrée pour comprendre et intégrer les technologies sémantiques n'est pas le même que, par exemple, pour HTML », remarque Gautier Poupeau, consultant et évangéliste Web sémantique chez Antidot, éditeur d'un moteur de recherche.

6 grands enjeux pour les prochaines années

Fabien Gandon, co-responsable de l'équipe web sémantique à l'Inria, observe toutefois une montée en puissance des industriels depuis 2007. Il reste toutefois encore du chemin à parcourir et quelques écueils à surmonter. Il indentifie 6 enjeux, à plus ou moins long terme, qui couvrent de multiples aspects.

Il est ainsi nécessaire de confirmer les standards en capitalisant autour de 6 ans de pratique et de trancher des questions qui restent ouvertes au niveau de la recherche sur le traitement de très gros volumes de données et la prise en compte de nouveaux usages, comme la mobilité.

Les aspects techniques et le soutien aux initiatives des industriels de l'édition logicielle et des services ne constituent toutefois qu'un aspect du problème. La mise en ligne des données publiques, qui constitue un facteur d'adoption, se heurte trop souvent à des visions courte vue, particulièrement en France comparé à la Grande-Bretagne, pays le plus en avance dans le domaine.

La formation d'ingénieurs, mais également de profils capables de convaincre les décideurs, est tout aussi essentielle à la réussite du Web sémantique. La demande de compétences peine à être satisfaite aujourd'hui et il faudra atteindre une masse critique de spécialistes pour développer et maintenir les prochaines applications.

La question des interfaces homme/machine

La création d'interfaces homme/machine constitue un autre point important, même si elle n'est pas spécifique au web sémantique. En tout cas, il ne s'agissait pas jusqu'alors d'une priorité pour les spécialistes du domaine. « Les travaux ont davantage porté sur le moteur que sur la carrosserie », confirme Nicolas Chauvat, PDG de Logilab, spécialiste de l'informatique scientifique et de la gestion des connaissances. C'est bon signe si la question se pose aujourd'hui.

Autre indicateur encourageant, la première édition de SemWeb.pro, réplique francophone de la conférence américaine SemTech, a rassemblé quelque 130 participants lors de la première journée.

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