Réseau social

Les multiples lectures de l'acquisition de blueKiwi

Le pire a été évité. Le dépôt de bilan de blueKiwi aurait envoyé un signal alarmant à tous les acteurs du marché des réseaux sociaux d'entreprise (RSE) : clients, sociétés de conseil et d'intégration et éditeurs concurrents. C'est un sentiment de soulagement général qui prévaut suite à la reprise de blueKiwi par Atos, un des ténors français des services.

« Cela aurait été un problème pour tout le monde », affirme Alain Garnier, co-fondateur et dirigeant de l'éditeur Jamespot. Il n'empêche que cette acquisition inquiète et souligne les défis auxquels sont confrontés les éditeurs de RSE locaux, à commencer par le plus populaire d'entre eux.

Un leader qui peine à lever de l'argent

blueKiwi peut se targuer de belles références dans les grandes comptes français et d'une croissance de 40% en 2011. Son statut de leader des éditeurs français est confirmé par la dernière étude du cabinet Pierre Audoin Consultants consacrée au marché des RSE, portails et outil collaboratifs.

Son chiffre d'affaires, 2,5 M€ en 2011, est cependant insuffisant pour atteindre l'équilibre financier et arrêter de brûler du « cash ». L'éditeur préparait d'ailleurs une troisième tour de financement de 5 M€, après avoir levé 8,7 M€ auprès de Sofinova Partners en 2007, puis de Dassault Systèmes en 2009. N'ayant pu mener à bien cette opération, il était contraint de trouver un repreneur. 

Et pourtant, sur le marché français, blueKiwi rivalise en termes de chiffre d'affaires avec le grand spécialiste mondial Jive, dont les ventes se situent en deçà des 3 M€. Ces spécialistes sont toutefois très loin des généralistes, IBM et surtout Microsoft, qui dominent le marché des RSE et des outils collaboratifs. 

Des grandes entreprises frileuses vis-à-vis des spécialistes locaux 

C'est sans doute l'une des raisons principales des difficultés rencontrées. « Le RSE ne constitue pas encore un sujet stratégique pour les grandes entreprises françaises », déplore Arnaud Rayrole, directeur général du cabinet de conseil Lecko.

Du coup, les pépites locales n'ont pas les moyens de grandir suffisamment vite, à l'instar d'un Jive ou d'un Yammer. Récemment, le Cigref, réseau des grandes entreprises, s'interrogeait sur la pérennité des spécialistes des RSE. 

L'attentisme des grands groupes fait en tout cas le jeu des éditeurs généralistes qui comblent petit à petit leur retard. Les éditeurs de RSE se voient contraints de se spécialiser à moins qu'ils ne parviennent à développer des dynamiques d'écosystème, voire à se rapprocher. 

Pour Alain Garnier, l'acquisition de blueKiwi traduit la segmentation qui s'opère sur le marché avec, d'un côté, quelques éditeurs en mesure de répondre à de grands projets intégrant une dimension infrastructure et, de l'autre, des spécialistes qui visent des projets départementaux. Il estime néanmoins qu'il s'agit d'une bonne nouvelle. Le fait qu'une société comme Atos s'intéresse aux réseaux sociaux reflète le dynamisme du marché et ouvre des perspectives aux autres acteurs. 

Antoine Perdaens, fondateur et dirigeant de Knowledge Plaza, se montre plus circonspect. Il s'inquiète du fait que blueKiwi n'ait pas réussi à lever de l'argent et du prix payé par Atos (non communiqué mais inférieur à 20 M€). Les investisseurs n'en sont pas sortis gagnants, ce qui pourrait freiner les financements ultérieurs. 

blueKiwi change de catégorie

Du côté de blueKiwi, l'acquisition par Atos change clairement la donne. La pérennité de l'éditeur est assurée, comme l'a rappelé son directeur général dans une lettre envoyée aux clients. Pour les grands comptes, c'est aussi l'assurance de discuter avec un interlocuteur en mesure de prendre en compte leurs besoins internationaux. 

De fait, blueKiwi change de catégorie et va être en mesure de batailler sur des projets d'entreprise, en face d'IBM, Microsoft ou Jive. Atos lui ouvre les portes des directions générales et des directions informatiques des grandes groupes. 

« On peut imaginer que des ressources financières, et peut-être informatiques, vont être mises à disposition et faire évoluer fortement le produit. Atos dispose de consultants, de développeurs et de plateformes d'hébergement », ajoute Frédéric Charles, à la stratégie informatique de la Lyonnaise des Eaux, un des grands clients de blueKiwi.

Les conditions sont réunies pour bâtir une offre Cloud qui rassure les entreprises et développer les interfaces nécessaires en vue d'intégrer blueKiwi avec les autres briques des systèmes d'information.

Une vitrine technologique pour Atos

Pour Atos, c'est clairement une bonne affaire. La SSII étoffe son portefeuille d'applications collaboratives et sociales qui s'appuie aujourd'hui principalement sur les solutions de Microsoft. En dépit de son succès, Sharepoint ne répond qu'imparfaitement aux besoins des entreprises qui veulent déployer un réseau social. 

Le contexte interne a joué aussi. Atos est engagé dans un vaste programme de transformation qui fait la part belle au collaboratif. Un porte-parole d'Atos confirme que blueKiwi sera l'un des éléments qui permettra au groupe de concrétiser le projet « Zéro Mail ». 

« Atos s'offre une image et une équipe pointue qui va l'aider à concrétiser sa vision à l'échelle d'un groupe de 75 000 personnes, analyse Arnaud Rayrole. Il se construit une vitrine technologique comme IBM l'avait fait en son temps. »

Une question demeure toutefois : comment vont réagir les équipes de blueKiwi ? Les cultures des deux sociétés sont très éloignées. Atos assure vouloir préserver le caractère start up de blueKiwi et lui accorder une large autonomie. 

Les premières décisions seront scrutées de près, tant par les employés que par les partenaires. Côté client, Frédéric Charles se félicite de l'opération tout en se montrant vigilant : « Une des garanties attendues est une réunion rapide du club utilisateurs en vue de dégager des priorités communes »

 

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