Management des idées

Motivation Factory : de l'innovation 1.0 à l'entreprise innovante

Créé fin 2001, l'éditeur français a fait évoluer son logiciel de management des idées, IdeaValue, à mesure que l'innovation dans les entreprises s'engageait sur la voie du collaboratif. Disponibles en mode hébergé ou en version intranet, ses solutions équipent des entreprises de tous secteurs d'activités, à l'instar de Réunica ou de GDF-Suez, auxquels nous avions consacrés des articles retour d'expérience. Laurent Joulin, dirigeant de Motivation Factory, revient pour Collaboratif-info sur la stratégie de l'éditeur à l'heure de l'innovation 2.0.

Quel regard portez-vous sur l'évolution des démarches d'innovation dans les entreprises ?
Laurent Joulin :
Auparavant, le monde était simple. Il y avait l'innovation produits top-down, issue de la R&D, du marketing ou des études clients. Parfois, il y avait de l'innovation bottom-up, avec des démarches organisées par la communication interne, les ressources humaines ou les directions Qualité. Mais lorsque les deux étaient présentes dans une entreprise, elles coexistaient. Il y avait d'un côté les grandes idées et de l'autre les petites. Depuis deux ou trois ans, les choses changent. Le relationnel, l'horizontal, le communautaire, le 2.0 – quel que soit le nom qu'on lui donne – commence à imprégner le fonctionnement de l’entreprise et à faire évoluer la façon de travailler. On est entré dans l'ère de l'entreprise innovante.

Comment avez-vous adapté votre offre à cette nouvelle donne ?
LJ :
Historiquement, notre solution IdeaValue est un progiciel de management des idées. Il est donc bâti sur un moteur de workflow et orienté « processus séquentiel ». C'est une logique 1.0 qui reste d'ailleurs d'actualité. Dans un atelier, par exemple, la question n'est pas le collaboratif ou l'ergonomie 2.0, mais de permettre au collaborateur d'apporter une idée à travers une fiche structurée qui va ensuite suivre un circuit de validation, un workflow. Nous avons ces deux dernières années adapté notre champ de vision en même temps que la problématique de l'innovation se transforme dans les entreprises. Si nous proposons toujours avec IdeaValue V4 un outil pour continuer de répondre au simple besoin de boîte à idées ou de processus séquentiel, notre nouvelle version IdeaValue V5 est quant à elle conçue afin d’animer les différents types de démarches et d'innovation collaborative.

Avec l'innovation collaborative, on sort du management des idées ?
LJ :
Non, pas du tout. La vraie performance est dans l'addition du 1.0 et du 2.0, du synchrone et de l'asynchrone, de l'interaction faible – où l'on est dans le partage, dans la création de liens, avec la possibilité de faire émerger des signaux faibles – et de l'interaction forte – où l'on est dans la créativité, avec un objectif à atteindre. Quand on parle d'innovation collaborative aujourd'hui, l'on navigue en fait entre trois grands pôles : le réseau social, les communautés et le management des idées.

Sur le plan fonctionnel, cela se traduit comment ?
LJ : 
Avec IdeaValue V5, nous sommes bien sûr partis de ce que nous savions déjà faire : du workflow, de la hiérarchisation, du reporting, etc., dédiés au management des idées. Mais, surtout, au-dessus, nous avons adopté une approche modulaire en proposant des outils en fonction du type d'interaction souhaitée. Par exemple, IdeaStorm pour organiser une séance de brainstorming, IdeaLab pour faire réagir sur un concept déjà formalisé, ou encore IdeaVote pour réaliser un travail d'évaluation collectif, à travers des matrices multicritères.

Les différents modules peuvent venir outiller un processus global d'innovation ?
LJ :
Exactement. Nous avons par exemple travaillé pour une entreprise de transport qui avait un problème de ponctualité dans ses escales. Nous avons constitué un groupe d'une quarantaine de personnes aux profils différents (sédentaires, navigants, etc.), puis déroulé une méthodologie de résolution de problème collaborative en plusieurs étapes : IdeaStorm pour la génération d'idées, IdeaStructure pour indexer les idées proposées, IdeaVote pour faire intervenir des experts dans l'évaluation de ces dernières, puis IdeaLab afin que l'ensemble des collaborateurs de l'entreprise réagissent aux 10 idées qui avaient été retenues.

Et sur l'aspect communautaire ?
LJ :
Nous avons sur ce plan développé une série de modules assez classiques, espace d'échange avec partage de documents, forums ou encore wikis. En revanche, ce n'est pas simplement une plate-forme de dialogue, car une communauté peut utiliser en interne les différents modules « Innovation » d'IdeaValue et organiser ansi des processus à valeur ajoutée (créativité, aide à la décision, …), et être en mode production. Un de nos clients dans l'assurance a par exemple exploité cette possibilité pour travailler sur des idées complexes nécessitant le point de vue et l'expertise de différents départements. Une communauté a été créee avec des experts, des managers, pour décortiquer l'idée jusqu'à la constitution d'un dossier pour prise de décision. Tout s'est passé au sein d'espaces de travail collaboratif et le processus n'a duré que trois semaines, ce qui aurait été très loin d'être le cas avec une fiche qui circule, comme en mode 1.0. Mais ce mode communautaire peut aussi être utilisé dans le cadre de communautés clients. Nous équipons par exemple un institut d'étude qui, lui, crée des communautés de consommateurs qui peuvent rassembler jusqu'à 400 personnes sur plusieurs mois.

Sur le plan de l'administration, une expertise spécifique est nécessaire ?
LJ :
Non, car nous avons beaucoup travaillé sur l'aspect self-service et l'ergonomie. C'est d'ailleurs ce qui fait également passer de l'orientation processus à l'entreprise innovante. Dans le 1.0, un process est d'abord défini, puis x jours de paramétrage sont nécessaires, et une fois le process lancé, il ne faut surtout pas vouloir en sortir. Le 2.0 doit au contraire apporter de la souplesse. C'est pourquoi nous mettons à disposition des modèles préformatés. Pour les fonction centrales, c'est d'ailleurs révolutionnaire. Beaucoup fonctionnent encore sur le principe : je conçois et j'impose. La démarche rendue possible grâce à l’usage de ces modèles est plutôt celle d'un consultant : je réunis les managers, les chefs de projet, et ils choisissent parmi les outils, les modèles à disposition. Sur le même principe, nous avons ansi lancé www.innovexpert.com, une plate-forme prête à l'emploi à destination des PME ou des cabinets de conseil, qui met à leur disposition cinq modèles d'usage prêts à l’emploi : Feedback, Challenge, Communauté, Brainstorming et Trophées.

Comment vous positionnez-vous par rapport réseaux sociaux d'entreprise ?
LJ :
Le pur réseau social n'est clairement pas notre marché. Nous pensons d'ailleurs qu'il va se banaliser et être bientôt intégré en standard dans la plupart des produits portail des grands éditeurs (Sharepoint, …). Pour notre part, nous gérons déjà les profils riches, et disposons d’un module réseau social, de type Facebook. Notre priorité n'est cependant pas de la développer. Les entreprises qui s'équipent d'un réseau social sont sur des problématiques « horizontales » de relation entre les individus, de localisation d'experts. Notre objectif est certes de travailler sur cette dimension, mais de la croiser avec la seconde dimension « verticale » du processus innovation (créativité, sélection, developpement) afin de créer une valeur réelle et outiller l'innovation collaborative sous ses différentes facettes.

Et en termes de gestion documentaire ?
LJ :
  Nous offrons les fonctions de base de gestion de bibliothèques de documents. Ensuite, notre solution étant développée sur les technologies Microsoft, elle est capable de dialoguer avec Sharepoint 2010 via des webparts. Mais sa vocation n'est pas d'être elle-même un système de gestion documentaire avec des fonctions de travail collaboratif sur des documents. C'est un autre monde. Il ne faut pas perdre son âme en allant un peu partout.

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