Interview

Philippe Pinault de blogSpirit : « le web ressemblera à une grande conversation »

Déménagement des équipes de R&D à Montpellier, recrutement d'un directeur du développement, ouverture d'une représentation à Hong-Kong, refonte de la plate-forme participative talkSpirit, mise à disposition d'un outil pour Community Manager... Des investissements qui préparent le terrain à un nouveau blogSpirit. Son fondateur et DG, Philippe Pinault, dévoile le futur de l'éditeur français et livre sa vision du marché. 

Philippe Pinault, directeur général de blogSpiritPhilippe Pinault,
directeur général de blogSpirit.

Pourquoi avoir installé le développement produit à Montpellier ? 
Philippe Pinault : Le contexte de la région parisienne n'est pas facile, tant pour le quotidien des collaborateurs que pour l'entreprise. Les profils techniques sont très recherchés et la concurrence sévère entre les acteurs. Or nous souhaitons développer un projet dans lequel l'équipe s'engage sur une longue période. Par ailleurs, le directeur technique, associé dans l'entreprise, est originaire du Sud. D'où le choix de Montpellier. 

Que vous apporte le recrutement d'un directeur du développement ? 
PP : Il est arrivé en juillet pour prendre en charge l'animation des équipes et les roadmaps produits. Ces tâches étaient jusqu'alors assurées par notre directeur technique, qui va pouvoir se concentrer sur les phases amont de pure R&D et d'architecture logicielle. 

Justement, l'architecture de talkSpirit a été refondue. Pourquoi ? 
PP : La nouvelle version de talkSpirit qui sera lancée à la fin de l'année – fruit de 2 ans de développement – répondra de façon plus large aux enjeux de participation, un domaine où nous identifions de nouvelles opportunités et sur lequel nous bénéficions d'une légitimité et d'une forte expertise. 

Les besoins du marché ont-ils tant évolué ?  
PP : Le conversationnel se déploie de manière très large et massive. Le web, plus que jamais, ressemblera à une grande conversation. Nous nous devons d'accompagner les entreprises en outillant l'ensemble des lieux de discussions qu'elles souhaitent investir. Cela vaut en externe, comme en interne où notre rôle ne se limitera plus à répondre aux besoins d'une direction métier. Nous souhaitons accompagner plus largement l'entreprise et l'ensemble de ses directions en apportant une dimension conversationnelle, mise en contexte et scénarisée. 

Les 6 usages de talkSpirit

La plate-forme de blogSpirit couvre différents besoins différents selon les scénarios mis en place et les fonctions retenues.

  1. Innovation participative, appel à suggestions, boîtes à idées, co-innovation et Crowdsourcing.
  2. Entraide, Q&A, partage de trucs & astuces.
  3. Espaces de discussion internes ou externes.
  4. Réseau social d'entreprise avec des fonctions de dialogue, de création de groupes associées à un profil riche.
  5. Gestion d'événements, de séminaires participatifs.
  6. Tous les autres usages spécifiques pour lesquels la conversation apporte un plus. Un exemple est l'utilisation de la plate-forme pour faire travailler ensemble un panel d'individus collaborant à une étude.

Comment avez-vous fait évoluer talkSpirit pour répondre plus largement aux besoins ?
PP : Nous avons développé des web services pour permettre à nos clients de construire facilement les applications sociales dont ils ont besoin. Soit des plates-formes dédiées, soit pour les intégrer à des dispositifs existants. 

Quelles applications ciblez-vous en priorité ? Les progiciels métier, comme les éditeurs de réseaux sociaux ? 
PP : Nous visons plutôt les sites web et intranet pour lesquels les fonctions de retour d'expérience, de suggestions, de FAQ (foire aux questions) amènent de la valeur. Ce qui évitera aux entreprises de déployer un système en parallèle de leur outil de gestion de contenu, voire de leur réseau social. Pour résumer, je dis souvent que l'on répond à deux grands usages qui guident notre stratégie : d'une part, mettre en œuvre des espaces de dialogue et de participation et, d'autre part, piloter et animer les relations entre toutes les parties prenantes. 

Dans ce dernier cas, il s'agit avant tout d'une problématique de Community Management ? 
PP : Effectivement. Le Community Manager a besoin d'être outillé autrement que par ce qui existe actuellement sur le marché qui, à mon sens, n'est pas à hauteur des enjeux auxquels il doit faire face. Nous travaillons sur un back-office, proposé avec talkSpirit, mais dont la vocation, plus large, sera de gérer tous les espaces de dialogue sur lesquels l'entreprise est engagée. 

Quelles limites voyez-vous aux outils actuels ? 
PP : Aujourd'hui, derrière chaque espace d'animation – qu'il s'agisse d'un blog, d'une page Facebook, d'un forum, d'une plate-forme sociale... –, il y a un outil de back-office qui cloisonne sa base d'utilisateurs. Ce qui empêche d'appréhender de manière globale le profil des individus et notamment leur autorité et leur expertise sur un sujet. La difficulté pour un bloggeur aujourd'hui n'est pas tant de disposer du bon outil pour publier des pages que de savoir qui vient poster un commentaire et comment lui répondre. Wordpress, par exemple, ne renseigne pas sur le profil des individus, leur autorité, leur participation à des réseaux sociaux...

Filet relance

« Animer une relation présuppose
de savoir à qui je m'adresse »

Philippe Pinault,
directeur général de blogSpirit

Filet

Par ailleurs, les entreprises aimeraient répondre à un plus grand nombre de personnes, mais elles ne sont absolument pas outillées pour le faire correctement, en temps réel ou, du moins, dans les contraintes d'une conversation. Animer une relation présuppose de savoir à qui je m'adresse. Ce qui va bien au-delà de la seule question d'identité. Se pose aussi la question de création de contenu conversationnel, difficile à régler avec les outils du marché. 

C'est-à-dire...
PP : Les personnes influentes – journalistes, blogueurs... – sont connues des entreprises. Il existe aussi un certain nombre de personnes qui s'expriment régulièrement sur les produits ou des problématiques liées à l'activité de l'entreprise mais qui sont plus difficiles à identifier. C'est un potentiel intéressant pour l'entreprise. A mon sens, ce sont même les principaux ambassadeurs. Les entreprises peinent à leur répondre faute d'outillage adéquat. Par exemple, une entreprise surveille ce qui se dit sur Twitter, mais n'est pas en mesure de répondre à chacune des contributions. 

Comment comptez-vous répondre à cet enjeu ? 
PP : L'idée est suggérer une réponse à un tweet avec un lien ramenant l'interlocuteur dans un espace de dialogue maîtrisé par l'entreprise en se basant sur un ensemble de réponses issues d'une base conversationnelle. Identifier ces contributions, les personnes qui s'expriment et leur adresser un message rentrent dans le périmètre d'un Community Manager. Une entreprise qui ne prend pas la peine de répondre risque d'en pâtir en termes d'image et de réputation. 

Indépendamment des produits, quelles sont les autres actualités de votre société ?
PP : Après avoir ouvert un point de contact à Londres, nous en ouvrons un en Asie, à Hong-Kong. Nous ne pouvons ignorer ce qui se passe à 12 heures d'avion. En outre, nous travaillons avec des sociétés qui ont des activités sur ce continent. J'ai besoin de savoir comment fonctionnent ces marchés et les écosystèmes locaux, quelles opportunités ils offrent... C'est la première étape de notre développement à l'international. 

Et en France ? 
PP : Nous nous appuyons déjà sur des prescripteurs pour vendre nos solutions. Nous allons passer à un recrutement de partenaires technologiques. Ces derniers ont l'habitude de travailler avec des solutions Open Source sur lesquelles ils ont une expertise forte. Mais ces solutions dans le domaine des logiciels sociaux ne sont pas toujours bien identifiées et, en tout cas, ne sont pas aussi riches que celles proposées dans la gestion de contenu, par exemple. D'un autre côté, le logiciel propriétaire offre moins de possibilités d'adaptations aux besoins des entreprises. On défend une troisième voie : mettre à disposition des applications conçues pour un usage donné qui peuvent être personnalisées, intégrées facilement dans une logique modulaire. Cela grâce à notre approche web services. 

blogSpirit en bref

Création : 2004.

Effectif : une trentaine d'employés.

Chiffre d'affaires : 1,7 M€ en 2009.

Clients : une centaine de grands comptes.

Projets : 250 menés en 7 ans, dont 50 l'année dernière.

Produits : deux grandes lignes avec la plate-forme de blog blogSpirit et la plate-forme participative talkSpirit.

 

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