Livre

Pour une Entreprise 2.0 démocratique et coopérative

« Un autre gouvernement des entreprises est dès à présent possible, mais aussi, sans nul doute, souhaitable, tant d'un point de vue humaniste que d'un point de vue économique », écrivent l'entrepreneur Michel Hervé et le philosophe Thibaud Brière en introduction d'un livre sorti en janvier dernier, « Le pouvoir au-delà du pouvoir ».

Le pouvoir au-delà du pouvoir Pour le montrer, les deux auteurs décortiquent tout au long de cet ouvrage les racines et mécanismes de l'entreprise traditionnelle, fondée sur l'autoritarisme hiérarchique, la culture de l'obéissance, pour mieux nous détailler les modalités d'une entreprise autre, 2.0, reposant sur l'intraprenariat, la déhiérarchisation du pouvoir et l'organisation en réseaux.

Par le saut qu'il nous fait ainsi accomplir, ce livre ne manquera pas de déranger. Y compris, d'ailleurs, certains partisans de l'Entreprise 2.0 ou du collaboratif, qui en dépit des apparences restent accrochés à de trop nombreux présupposés, pour ne pas dire vérités éternelles, sur l'entreprise. Mais à ceux qui veulent voir au-delà de leurs certitudes, il apportera des clés, à la fois théoriques et pratiques, pour construire.

Parfois, même si ce n'est sans doute pas l'intention de ses auteurs, l'ouvrage de Michel Hervé et Thibaud Brière ne sera pas sans évoquer le socialisme utopique, qui à l'aube du capitalisme industriel lui opposait un contre-modèle. Le parallèle n'ira toutefois pas au-delà de l'image.

Tandis que les doctrines des Owen, Fourier ou encore Saint-Simon, et avec elles les entreprises communautaires qui les ont incarnées, ont vite été brisées par les flots de l'histoire, « Le pouvoir au-delà du pouvoir » s'ancre lui dans une pratique bien vivante, celle à l'œuvre depuis quarante ans au sein du Goupe Hervé. Et ce qu'il interroge est le capitalisme lui-même, son devenir.

Une organisation tendue vers l'innovation

Au cours d'une première partie, Une économie de l'adaptation, les deux auteurs commencent ainsi par nous proposer une lecture de l'histoire du capitalisme. Son point d'orgue, l'époque actuelle, où l'immense majorité des entreprises en restent au capitalisme de la marque, de la reconnaissance, où dominent la figure du communicant et le faire savoir.

Face à un contexte marqué par l'incertitude systémique, ce capitalisme a cependant fait sont temps. Il doit laisser place à un capitalisme humain, de l'adaptation, où priment la figure de l'entrepreneur et le savoir-être.

« Dans une économie de l'adaptation, il ne suffit plus, pour être concurrentiel, de s'approprier des innovations – que ce soit grâce à des consultants extérieurs ou à un département interne exclusivement dédié à cette fonction –, mais d'être soi-même innovant, expliquent les deux auteurs. Les entreprises doivent, pour croître dans un environnement lui-même innovant, en perpétuel renouvellement, devenir structurellement innovantes, en faisant de chaque salarié un innovateur, “pour produire de l'innovation comme elles respirent”. »

Le management participatif condition de l'autonomie et de la coopération

Après avoir passé en revue les défis de cette organisation 2.0 tournée vers l'innovation et les freins qu'elle rencontre, Michel Hervé et Thibaud Brière abordent dans une deuxième partie la question du management participatif, première condition pour que chaque salarié se sente libre d'innover et pour en même temps développer une culture de la coopération.

« Derrière les aimables façades du “management participatif”, du “management délégatif” et de l'Empowerment, c'est trop souvent la vieille recette de la coercition qui fonctionne, remarquent tout d'abord les deux auteurs. On habille la main de fer d'un gant de velours, car cela fait plus propre, plus “respectueux”, plus “humain”, mais on ne change rien au fond... »

Pour eux, c'est au contraire le principe même du management qu'il faut revoir. « […] il ne peut plus consister à “obtenir des gens qu'ils fassent ce que l'on souhaiterait qu'ils fassent”, écrivent-ils. Dans un environnement coopératif et participatif en effet “manager” consiste plutôt à créer les conditions pour que les gens fassent ce qu'ils souhaitent vraiment faire, par-delà leur opinion première, les pressions qu'ils peuvent subir, le bâton qu'ils peuvent redouter ou la carotte qui peut les rendre fous. »

Les deux auteurs nous embarquent alors dans une plongée au cœur du management participatif, mettant à nu son anthropologie sous-jacente, et, en s'appuyant sur l'expérience du Groupe Hervé, décrivant dans le détail son mode de fonctionnement : la place qu'il accorde à chaque salarié, les relations qu'il instaure entre les collaborateurs, le rôle du manager et la relation qu'il entretient avec ses équipes dans cet univers où chacun est devenu chef, intrapreneur.

La démocratie participative ossature de l'entreprise de demain

Mais pour Michel Hervé et Thibaud Brière, le management participatif ne saurait suffire. « Un management participatif crée des attentes qui ne peuvent à terme être satisfaites que par une organisation elle-même participative. C'est pourquoi la simple exigence de cohérence conduit à associer au management participatif une démocratie participative », expliquent-ils.

A travers la troisième et dernière partie de leur ouvrage, c'est donc cette organisation participative dont ils analysent les fondements et décrivent les différentes facettes. Avec, bien sûr, comme thématique centrale la question du pouvoir au sein de l'entreprise.

Une problématique dont la résolution passe par la déhiérarchisation, ou suppression du caractère sacré de la hiérarchie, la gouvernance par les salariés, l'organisation en réseaux aux niveaux opérationnels et fonctionnels, ou bien encore la démocratie de médiation, où le responsable hiérarchique est « tout à la fois médiateur de ce qui est extérieur à l'équipe vers l'intérieur de celle-ci, facilitateur des relations interindividuelles et garant du respect des règles du jeu. »

Le pouvoir au-delà du pouvoir, de Michel Hervé et Thibaud Brière, François Bourin Editeur (19 janvier 2012), 494 pages, Prix : 24 €.

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