Quatre regards et un retour d'expérience sur le télétravail

Pourquoi le télétravail ne décolle-t-il pas en France ? Pour sa deuxième grande réunion publique, hier mardi 25 mai à La Défense, le collectif 362.0 s'est emparé d'un sujet de société, abordé sous toutes ses facettes : managériale, politique, sociale et juridique.

A la tribune, un dirigeant d'entreprise et quatre spécialistes du domaine, qui apportaient chacun un éclairage. Les auteurs de l'ouvrage « Le télétravail, facteur d'innovation sociale et organisationnelle », Nicole Turbé-Suetens, dirigeante du cabinet Distance Expert, et Pierre Morel à l'Huisser, député, étaient accompagnés de Jean-Paul Bouchet, secrétaire général de CFDT Cadres, et Christine Baudoin, avocat au barreau de Paris. 

La loi, un passage obligé

L'ANI (Accord national interprofessionnel), signé en 2005, devait généraliser le travail à distance en fournissant un cadre juridique pour les entreprises privées. Les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances et la France figure toujours parmi les mauvais élèves européens. C'est pourquoi le député Pierre Morel à l'Huissier milite aujourd'hui pour ajouter un chapitre télétravail dans le Code du travail. Une proposition de loi a été débattue en juin 2009 à l'Assemblée nationale, mais elle n'a toujours pas été examinée au Sénat. D'ici à ce que les les décrets d'application soient promulgués...

La loi semble pourtant nécessaire pour lever certains freins. Pour l'avocate Christine Baudoin, elle devrait rassurer des entreprises encore craintives, par exemple vis-à-vis du contrôle du temps de travail et de la question des accidents qui surviendraient au domicile des télétravailleurs, même si les textes actuels sont suffisants pour rédiger un contrat. 

Une problématique organisationnelle

Jean-Paul Bouchet, qui a participé à l'accord ANI pour le compte de la CFDT Cadres, pointe pour sa part l'attitude d'organisations syndicales, qui imaginent que seule la loi peut protéger les salariés, et du Medef qui se refuser à lier les discussions sur le télétravail avec l'organisation du travail. Une posture difficilement compréhensible alors que justement le télétravail doit s'accompagner d'une réflexion organisationnelle, comme le souligne Nicole Turbé-Suetens.

Le témoignage de Marc Thiollier, directeur général Accenture, fut éloquent. La société de conseil et d'ingénierie informatique emploie 5 000 personnes en France, dont une très grande majorité de consultants et ingénieurs, régulièrement en mission à l'extérieur de la société. Reste 500 salariés travaillant dans les bureaux de la société pour lesquels le télétravail était alors systématiquement refusé aux non cadres.

A la demande des syndicats, des négociations ont été ouvertes en juillet 2009 et l'accord a été signé en décembre dernier. Le télétravail se fait sur la base du volontariat, il nécessite l'accord du management et il est limité à trois jours par semaine. Les enjeux économiques pour l'entreprise ont été inclus dans l'accord. Accenture souhaitait en effet réduire sa facture immobilière. Ce qui signifie qu'en pratique un collaborateur ne se retrouve pas nécessairement toujours au même poste, celui-ci étant partagé. 

Des assistantes de direction en télétravail deux jours par semaine chez Accenture

Des pilotes ont été menés et il est apparu, de manière surprenante, que les assistantes de direction pouvaient passer 2 jours par semaine en télétravail et non 1 seul comme elles l'imaginaient. Un accompagnement a été nécessaire pour équiper les salariés en matériel informatique et s'assurer des bonnes conditions de travail. Par exemple, prévoir une garde d'enfants lorsque c'est nécessaire.

Au niveau du management, les demandes de travail sont examinées collectivement par l'ensemble des responsables, afin de garantir une cohérence dans les réponses.

Au final, Marc Thiollier dresse un bilan positif : outre les économies immobilières, les salariés semblent y trouver leur compte. Ils sont plus fiers de travailler pour Accenture. Un indicateur que surveille de près la société de conseil. Elle le communique aux analystes financiers.

 

 

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