Conférence EFE

Thibaud Brière : « Le management actuel est désespérément conformiste, inhibant, abêtissant »

Thibaud Brière est philosophe et consultant en management. Diplômé d’HEC et titulaire d’un DEA en philosophie, il a créé son cabinet de conseil, Philos, après des expériences opérationnelles chez Deloitte puis à la Fnac. Il est aussi le co-auteur du livre « Le pouvoir au-delà du pouvoir » avec Michel Hervé, le PDG du Groupe Hervé.

Le 27 mars prochain, il interviendra sur les thèmes du management coopératif pour bâtir l’entreprise adaptable lors de la 2e édition de Vers la fin du management de reporting, la conférence organisée par EFE, en partenariat avec Collaboratif-info. Il répond en attendant à nos 4 questions flash.

Thibaud BrièreThibaud Brière, philosophe et consultant en management, Philos.

1/ Pensez-vous que les pratiques managériales actuelles soient un frein à l’innovation et à la croissance en entreprise ?
Thibaud Brière : Elles ne freinent pas nécessairement l'innovation incrémentale mais très certainement celle de rupture. Le terme même d'innovation est cependant symptomatique : à défaut de pouvoir encore inventer ou créer, l'on « innove », en un sens très vague autorisant toutes les stagnations.
Pourquoi en est-on réduit à ne pouvoir qu'innover ? Parce qu' « inventer, c'est penser à côté » (Einstein) et que l'on ne laisse plus aux salariés le temps et la liberté de penser vraiment, de s'interroger, méditer, etc. Les pratiques managériales actuelles sont désespérément conformistes, inhibantes et abêtissantes.

2/ Pour reprendre les termes du gourou du management Gary Hamel, faut-il virer tous les managers ?
Thibaud Brière : Pourquoi une telle modération quand on peut être radical ? Les managers ne sont souvent que des courroies de transmission. Il faudrait d'abord virer ceux qui les vireraient, c'est-à-dire les dirigeants et les grands actionnaires, tous ceux, donc, qui contraignent les managers à mettre une telle pression sur les salariés que ceux-ci ne peuvent plus ni penser ni agir librement.
On ne demande plus aux salariés que d'appliquer des techniques, suivre des procédures, remplir des objectifs ; on leur explique quoi faire et comment le faire, à quelle heure arriver le matin et à quelle heure partir le soir. On les infantilise. Il faut virer tous ceux qui induisent une telle chaîne de déresponsabilisation pour mieux vampiriser l'entreprise.

3/ En quelques mots, comment un modèle managérial peut-il devenir un avantage concurrentiel ?
Thibaud Brière : Vu le degré de suivisme – érigé en vertu – dans la plupart des organisations, le simple fait de valoriser l'esprit critique, la remise en question, la capacité à recruter meilleur que soi et à susciter la contradiction au sein de sa propre équipe, donne une adaptabilité supérieure à la concurrence. Mais c'est plus exigeant.

4/ Pourquoi avoir accepté de participer à la 2e édition de la conférence Vers la fin du management de reporting ?
Thibaud Brière : Parce que l'essentiel étant de participer, je souhaitais participer à l'essentiel... Cet essentiel qui est, pour un manager, de prendre le temps de réfléchir à sa pratique, afin de ne pas se laisser phagocyter par l'urgent.

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