Le jugement d’un grand nombre de néophytes serait-il plus pertinent que celui des experts pour évaluer la pertinence d’un investissement ? C’est en tout cas la conviction de Thierry Merquiol, PDG de Wiseed, une plate-forme de financement participatif de start up qui vient de mettre en place un comité de sélection constitué de 500 personnes choisies parmi ses 4800 contributeurs actifs.
Créée en 2009, Wiseed fait appel aux internautes pour financer des projets innovants, entre autres, dans les domaines de l’industrie, des biotechnologies, du web. Elle propose de financer les projets à hauteur de 100 000 euros. Chaque internaute peut choisir le projet qu’il veut financer, sur un coup de cœur ou sur une évaluation raisonnée de son potentiel. C’est le modèle du « crowdfunding », qui a déjà fait ses preuves dans le domaine de la musique avec MyMajorcompagny, ou encore Touscoprod pour le cinéma.
Si, jusqu’à présent, le choix des projets présentés sur la plate-forme a été effectué par les experts de Wiseed, dorénavant ce sont les contributeurs eux-mêmes qui sont sollicités. « Nous nous basons sur des études américaines qui montrent que la foule, même si elle n’est pas experte, fait globalement de meilleurs choix que les experts », justifie Thierry Merquiol. 500 contributeurs réguliers de la plate-forme ont donc été cooptés pour expérimenter le processus.
Chaque mois, 10 à 15 projets vont être soumis à leur appréciation à travers une fiche de synthèse, les contributeurs ayant 10 jours pour voter sur le mode de Facebook : j’aime, je n’aime pas. « Nous leur demandons également la somme qu’ils sont prêts à investir, ce qui nous donne une évaluation du potentiel mobilisateur du projet », précice Thierry Merquiol. Trois projets sélectionnés par ce système devraient être publiés début mars pour un appel à contribution.

Lorsqu’un projet récolte une majorité de suffrages, il est ensuite analysé en profondeur par Wiseed. Vérification de la fiabilité des éléments du dossier, cadrage du business plan, paternité d’un brevet, par exemple. Puis une rencontre avec les porteurs du projet permet de négocier la participation de Wiseed, qui se situe entre 5 et 30 % du capital.
L’engagement de Wiseed est négocié dans le cadre d’un pacte d’actionnaires pour une durée allant de 3 à 7 ans avec des objectifs précis. « Nous finançons des projets qui promettent un retour sur investissement multiplié par un facteur 2 ou 3. Ce facteur peut être beaucoup plus important sur certains projets. Mais cela peut être zéro euro récupéré, car ce sont des investissements à risque », explique Thierry Merquiol.
« Très rapidement, sur la base de cette première expérience, nous allons étendre ce système de sélection à l’ensemble des contributeurs », prévoit-il. Wiseed compte également lever des fonds plus importants à partir de juin prochain, une fois les agréments obtenus auprès de l’Autorité des marchés financiers. Et l’ambition ne s’arrête pas là, puisqu’à l’horizon 2013 Thierry Merquiol entend regrouper 20 000 contributeurs, et gérer un budget de 20 à 25 millions d’euros...
Mais ne craint-il pas un réflexe du marché, comme ce fut le cas pour des plates-formes de financement participatif de la musique qui ont mis la clé sous la porte sous l’effet de la réaction courroucée des labels existants ? « Si nous réussissons, nous ne représenterons que 0,1 % des deux millions de personnes qui boursicotent sur Boursorama, une goutte d’eau », tempère-t-il.
Wiseed en chiffres :