Mieux travailler grâce aux wikis

L'utilité du wiki a fait débat dans les colonnes de Collaboratif-info (Wiki : pourquoi ça marche mal). L'une des conclusions était que les wikis sont plus difficiles à mettre en œuvre que des réseaux sociaux. Mais faut-il confronter les deux, alors que beaucoup de réseaux sociaux intègrent des wikis plus ou moins avancés et que les wikis commencent à développer leurs fonctionnalités sociales ? Non, il s'agit d'un faux débat.

Le sujet essentiel dont il est question est de faire évoluer les méthodes de travail des individus dans les organisations. Avec pour seul objectif de travailler de manière plus efficace et d'apporter des bénéfices concrets aux utilisateurs eux-mêmes et à l'organisation dans son ensemble.

Pour atteindre ces objectifs, les réseaux sociaux et les wikis sont autant nécessaires l'un que l'autre. De même que les blogs, les outils de micro-blogging, les webmails, les messageries instantanées, les moteurs de recherche, les outils de social bookmarking, etc.  

La difficile transformation des usages

La nouveauté avec ces applications issues du web 2.0, c'est qu'elles sont nativement collaboratives. Toutes les informations sont directement produites en ligne en un lieu unique partagé de tous, dans un format natif standard, la page web, et peuvent être consommées, échangées et partagées de manière collaborative et en temps réel. De plus il n'est plus besoin de nommer les personnes avec qui l'on échange l'information. Il suffit de publier et de souscrire aux publications des autres.

Ces deux changements sont fondamentaux, mais rendent difficile la transformation des usages dans les entreprises. Car les utilisateurs deviennent réellement obligés de collaborer entre eux, de penser collectif et non plus individuel.

C'est cela qui donne l'impression qu'un wiki est plus difficile à utiliser qu'un réseau social, car ce dernier conserve une dimension de production individuelle facilitant son adoption initiale. La difficulté ne réside donc pas dans le concept de wiki, mais dans l'adoption nécessaire d'un mode de travail collaboratif.

Pour avoir promu l'utilisation d'outils de travail collaboratif depuis plus de 10 ans auprès de centaines de milliers d'utilisateurs, j'ai constaté la réticence de l'être humain à organiser de manière collaborative son travail. Et la solution de facilité qu'offre la messagerie électronique convient à une très grande majorité de personnes.

Un gain de temps collectif et individuel

Mais depuis un peu moins d'un an, la situation a évolué grâce à l'usage privé des réseaux sociaux. Car la plupart des utilisateurs découvrent qu'il est possible de produire, partager et consommer de l'information directement en ligne, sans aucun fichier déposé sur son PC. Et que cela permet de gagner beaucoup de temps. Beaucoup de temps collectif, mais également beaucoup de temps individuel !

Or, le moteur principal de changement est individuel avant d'être collectif. Là où les anciens systèmes de collaboration n'apportaient qu'un gain collectif au détriment d'une productivité individuelle, les nouveaux systèmes de production collaboratifs apportent les deux. On est gagnant à la fois individuellement et collectivement.

Il suffit de faire pratiquer cela à un utilisateur pour que le changement de paradigme s'active dans son esprit. Le déclic se fait toujours. Et une nouvelle façon de travailler s'initie, privilégiant la dimension collaborative.
C'est un véritable bénéfice pour l'entreprise si, bien entendu, elle sait en tirer parti. Rares sont encore les dirigeants d'entreprise ayant compris que l'efficacité présente et future de leurs équipes dépendait de l'adoption de ces nouvelles formes de travail. Mais le mouvement est en marche.

La difficulté d'adoption de ces nouvelles pratiques ne réside donc pas dans les outils eux-mêmes. Les outils modernes, ceux de l'entreprise 2.0, wikis ou autres, sont stables et à notre disposition pour transformer nos habitudes de travail. La difficulté réside dans le fait d'apprendre à travailler de manière collaborative, pour son propre bénéfice individuel et pour celui du collectif. Cela ne peut se faire qu'en utilisant ces outils, et l'on ne les utilisera correctement que si l'on s'inscrit dans cette volonté de travailler différemment. C'est donc le problème de la poule et de l'œuf. Ne faire que la moitié du chemin, c'est aller forcément à l'échec.

Miguel Membrado, fondateur et PDG de la société de conseil Kimind Consulting, et membre fondateur de la communauté de réflexion et d'action 362.0.

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