2016, une année vraiment plus collaborative ?

Qu'adviendra-t-il du collaboratif cette année ? Espérons que sa destinée sera plus heureuse qu'en 2015, où il s'est beaucoup illustré sur le plan médiatique à travers le thème de l'économie dite collaborative, précisément pas toujours de manière très séduisante.

De fait, dans ce domaine, c'est surtout le cas Uber qui a défrayé la chronique, avec une fin d'année en apogée, puisque marquée par une grève des chauffeurs travaillant pour cette société, contestant les conditions de travail et de rémunération qu'elle leur impose. « On a l'impression d'être des machines », déclarait au journal Le Monde l'un de ces non-salariés.

Une contestation au demeurant peu franco-française, le modèle Uber étant remis en cause jusque dans son berceau californien, la Silicon Valley. De quoi s'interroger, comme le faisait un article du site Alternatives Economiques, sur la fin du mythe collaboratif attaché aux sociétés comme Uber.

Certes, dans le monde de l'économie du partage, il est des initiatives qui sont réellement collaboratives, et donc équitables, respectueuses de toutes les parties, prenantes ou non. On aurait donc imaginé meilleure publicité pour le collaboratif que ces projecteurs braqués sur les mauvais exemples.

Une transformation numérique sans changement

Au sein de l'entreprise, c'est sous l'aile de la désormais toute puissante transformation numérique que le collaboratif s'est souvent retrouvé en 2015. Pour le meilleur et, il faut malheureusement le dire, aussi pour le pire, cette transformation numérique ne se conjuguant pas toujours vraiment, en dépit des prétentions ou des discours, avec la notion de collaboratif.

Un constat que l'on peut dresser au niveau de la finalité des projets menés dans ce cadre, comme sur le plan de la méthode, les salariés étant dans nombre de cas exclus de toute réflexion sur le sujet, la transformation numérique s'abattant sur leurs métiers sans qu'ils aient eu leur mot à dire.

Là encore, l'on eut imaginé mieux pour une démarche prétendant changer la manière de travailler dans l'entreprise. Dans le style fermeture d'esprit, et pour la petite histoire, l'on a même vu un postulant chef de projet dans une démarche de transformation numérique avoir l'inconvénient d'être trop senior… « Les membres de l'équipe ont entre 30 et 35 ans, et nous souhaitons une personne répondant à ce critère », lui a-t-on signifié.

Il faut heureusement ne pas généraliser. Mais l'on dira que ce type de situation se passe de commentaire…

Une question salariale peu exemplaire

Enfin, un dernier point noir concernant le collaboratif porte sur une question que l'on n'aime généralement pas lui associer, celle de la rémunération. En 2015, cet aspect fut pourtant omniprésent dans les médias, que ce soit à travers des problèmes de retraite chapeau ou d'écarts de revenu au sein des entreprises.

Sur ce dernier point, ce n'est rien moins que Janet Yellen, la présidente de la puissante banque centrale américaine, la Fed, qui avait d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme aux Etats-Unis, face à l'envolée de ces écarts de salaires.

Et en ce début d'année, le Think Tank britannique High Pay Centre pointe la même situation Outre-Manche, nous révèlant que, dès le mardi 5 janvier, soit deux jours après leur retour au bureau, raconte Le Monde, les grands patrons anglais avaient empoché autant que ce que gagne le salarié moyen en un an. « Les rémunérations exagérées renforcent la méfiance envers les entreprises », alerte à cette occasion le directeur du High Pay Centre.

On remarquera que le management anglo-saxon, si souvent porté aux nues dans nos contrées, ne fait donc pas vraiment mieux en la matière que celui à la française.

Quant au lien essentiel entre collaboratif et équité salariale, ce sont encore les américains qui en parlent le mieux de manière critique. Et nul besoin pour les entendre de lire les grands gourous du management 2.0. Il suffit de regarder « Bonne chance Charlie », cette série télé humoristique produite par Disney Channel, et donc comme il se doit outre-Atlantique destinée à un large public.

Dans l'un des épisodes, l'on y voit le propriétaire d'un fast-food décider de mobiliser ses salariés en mode participatif afin qu'ils proposent leurs idées pour augmenter la clientèle.

Cette démarche managériale se révélera si payante, qu'elle donnera l'idée aux employés, dans l'épisode suivant, de réclamer des augmentations de salaires au regard de leur nouveau rôle dans l'entreprise.

Mauvaise idée. Face au refus de leur patron d'accéder à cette forme de reconnaissance, ils se mettront en grève et seront en conséquence tous licenciés sur le champ…

La question salariale bougera-t-elle cette année ? On peut malheureusement en douter. Mais il ne coûte rien d'espérer que 2016 voit malgré tout les démarches collaboratives continuer de prospérer, tant bien que mal.

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