A quand une vraie défense des éditeurs français du collaboratif ?

Jalios, Jamespot, Talkspirit, Whaller : les principaux éditeurs français de Digital Workplace se portent bien. Le marché de la collaboration connaît une forte croissance, bien sûr portée, ces deux dernières années, par l'accélération des projets de transformation due à la crise sanitaire.

Derrière la satisfaction, réelle, pointe cependant aussi un mélange d'incompréhension, d'énervement, voire de sentiment d'injustice. En France, le contexte a d'abord profité aux géants américains : Google et, surtout, Microsoft.

« Le fait que nous manquions de visibilité reste un sujet majeur, remarque un de ces acteurs français. Nous ne sommes pas présents à l'esprit d'un grand nombre de décideurs. Quand ils parlent collaboration, ils pensent Microsoft ou Google, c'est tout. »

Réaction pudique, quand certains s'agacent : « Entendre encore dire qu'il n'y a pas d'alternative aux gros acteurs américains, c'est insupportable, lâche un autre. Nous sommes plusieurs en France à disposer de solutions abouties, performantes, s'appuyant sur des compétences techniques acquises dans le temps », souligne-t-il.

De fait, Jalios fête cette année ses vingt ans d'existence, Jamespot et Talkspirit leurs treize ans, Whaller ses sept ans. Dans les organisations, leurs solutions viennent souvent en complément de Microsoft 365.

L'américain domine largement le marché français, mais, de toute évidence, il ne suffit pas d'empiler les briques fonctionnelles au gré des courants pour répondre vraiment aux besoins de collaboration des organisations. « La grande réussite de Microsoft est d'avoir fait la bascule vers le Saas et Teams. Mais les gens sont toujours aussi insatisfaits de leurs outils », remarque un éditeur.

Lueur d'espoir

Les récentes prises de position au niveau de l’Etat, notamment celle du directeur de la Dinum (direction interministérielle du Numérique), Nadi Bou Hanna, autour des enjeux de souveraineté numérique (voir notre article), ont un peu réchauffé les cœurs.

Les éditeurs français sont déjà présents dans les collectivités territoriales, les organismes publics décentralisés, mais dans l'Administration centrale, les décideurs semblent souffrir de la même myopie que leurs homologues du privé.

En indiquant aux ministères que Microsoft 365 n'était pas conforme à la doctrine Cloud au Centre de l’Etat, Nadi Bou Hanna a fait naître l'espoir que ces décideurs publics cherchent à ouvrir davantage les yeux.

Certains y voient d'ailleurs un véritable mouvement de fond. « Pour la première fois, j'ai vu un appel d'offres public indiquant explicitement qu'une solution faisant appel aux Gafam ne serait pas recevable. C'est un vrai signal de changement, qui peut conduire à un rééquilibrage concret », estime un éditeur.

D'autres sont plus dubitatifs sur la tendance. « Pourquoi ne pas créer un label France qui attesterait que nos solutions tiennent la route ?, s'interroge un éditeur. Là, on ne sait pas trop si la dynamique existe. Il n'y pas assez de réflexions sur ce qui pourrait être fait en termes de labélisation, de communication », pointe-t-il.

Esprit collaboratif, es-tu là ?

En matière de soutien aux acteurs français, la stratégie de l’Etat pour mettre en valeur les licornes, ces start up au potentiel XXL, laissent d'ailleurs éclater la situation de deux poids deux mesures.

« Ce sont les acteurs qui comptent. Mais si c'est pour qu'ils soient ensuite rachetés par des Américains, où est la souveraineté numérique ? Cela veut dire que l’Etat français fait des efforts pour rien », remarque un éditeur.

Au-delà de cette question de souveraineté, demeure le constat que, entre géants américains de la collaboration et acteurs français, l'on ne joue pas avec les mêmes cartes.

Pis, peut-être, tout le monde ne joue pas non plus avec les mêmes desseins. « Moi, je défends la cohabitation, explique un éditeur. Aujourd'hui, il y a de la place pour tout le monde. Si on cohabitait, on pourrait voir comment prendre le meilleur de nos solutions, ce serait beaucoup plus intelligent. Le problème, c'est que Microsoft veut nous tuer dès qu'il le peut », regrette-t-il.

Cette dernière critique ne vient pas que d'acteurs français. En juillet 2020, l'américain Slack a déposé plainte auprès de la Commission européenne pour abus de position dominante contre Microsoft, estimant que celui-ci avait intégré Teams à sa suite bureautique en violation du droit de la concurrence de l'Union européenne.

« Microsoft a peut-être la préoccupation malsaine de nous tuer et Teams est son arme pour le faire », avait commenté le PDG de Slack, Stewart Butterfield.

Mais, bon, personne n'attend bien sûr de l’Etat qu'il convertisse Microsoft à une véritable culture collaborative.

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