Alertes sur la réalité du télétravail

« Un an après, c'est encore le télétravail en mode dégradé qui domine », constate Sophie Binet, la secrétaire de l'Ugict-CGT. Le syndicat des ingénieurs cadres et techniciens vient de dévoiler les résultats de son enquête « Télétravail, un an après... »

Suite à une première édition en avril 2020, cette nouvelle mouture, menée auprès de 15 000 répondants, révèle une situation inquiétante, voire alarmante, sur la mise en place du télétravail et la manière dont celui-ci est vécu.

Le premier impact négatif concerne la charge de travail, qui a augmenté pour 2/3 des répondants. Un travail qui déborde aussi largement sur la vie personnelle, la même proportion déclarant être sollicités pendant leur période de congès, quand 10 % le sont tout le temps.

Dans ce contexte, une grande part des femmes subissent la double peine. Elles sont 25 % à avoir dû mener de front télétravail et garde d'enfant, contre 20 % des hommes. Surtout, elles sont 61 % à avoir dû gérer seule cette situation, contre 31 % des hommes.

En miroir de cette dégradation, l'enquête révèle le défaut de mise en œuvre par une majorité d'employeurs des dispositions prévues par le Code du travail. Ainsi, 60% d'entre eux n’ont pas mis en place de dispositif pour garantir le droit à la déconnexion, 55 % n’ont pas défini les plages horaires durant lesquelles les télétravailleurs sont joignables et 75% n’évaluent ni la charge de travail ni le temps de travail de ces derniers.

En matière de santé, c'est l'alerte rouge, sur le plan mental comme physique. Les répondants devaient notamment se positionner sur une échelle de bien-être élaborée par l'OMS. Le score global moyen obtenu est de 57/100, soit proche du seuil de bien-être réduit. Selon l'enquête, en raison du score qu'ils obtiennent, 45 % des répondants devraient faire l'objet d'un suivi pour savoir s'ils font l'objet d'une dépression.

Des managers très critiques

Un grand pan de l'enquête concerne les collectifs de travail et le management. Dans ce domaine, deux tiers des répondants déclarent avoir déjà ressenti de l'isolement et ils sont une majorité à estimer que mener leurs tâches s'est compliqué avec la disparition des temps informels avec leurs collègues, mais aussi que l'esprit d'équipe et la qualité des réunions se sont dégradés.

Les managers portent un regard plus sévère encore. Ils sont 52 % à estimer que le télétravail est synonyme de surplus d'information à traiter, soit 8 points de plus que les non encadrants. Et 57 % à juger que le travail est compliqué par la disparition des temps informels entre collègues, contre 50 % les non encadrants.

Les managers pointent aussi l’impact du télétravail sur leur capacité à suivre et à encadrer leur équipe, à l'informer ou à maintenir sa cohésion. Ils sont un tiers à estimer avoir perdu des marges de manœuvre sur ce plan et à se sentir moins soutenu par leur hiérarchie.

Sur ce terrain du travail d'équipe et du management, l'enquête pointe la stratégie de certaines entreprises, davantage préoccupées de réorganiser les espaces de travail pour économiser des mètres carrés que de mettre en place les conditions de réussite du télétravail.

Pour preuve, un an après la généralisation de ce dernier, les répondants sont seulement un tiers à avoir été formés à sa pratique. Quant aux managers, moins de 20 % d'entre eux ont suivi une formation au management à distance.

Pour consulter l'enquête complète : Télétravail, un an après...

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