Anonymat, le mouton noir de la collaboration

Peu s'y sont essayées. Alors qu'il fleurissait sur internet, dans les forums, puis sur les réseaux sociaux, l'anonymat est resté à la porte des solutions collaboratives déployées par les entreprises, qui préféraient sans doute la sécurité à l'ambiance débridée d'espaces de discussion qu'elles craignaient voir devenir rapidement incontrôlables.

De manière épisodique, certains acteurs prennent cependant le risque de laisser leurs collaborateurs s'exprimer en restant cachés derrière un pseudonyme.

En 2010, par exemple, SimplyMarket s'était nettement démarqué du climat ambiant avec le lancement de sa plate-forme communautaire interne, qui retenait ce principe. L'enjeu était bien sûr de favoriser la participation des collaborateurs, en leur donnant le courage de s'exprimer sans avoir l'impression de se mettre en avant ni d'être observés par leurs managers.

Deux ans plus tard, c'est Bayer France qui tentait l'expérience, pour que ses collaborateurs partagent sur les délicats sujets de controverse du monde de la chimie. «  Nous voulions bien montrer qu'il ne s'agit pas d'un outil de contrôle de l'information ou des opinions des salariés », nous indiquait la responsable à l'origine de cette initiative.

Avec le recul, l'année 2014 ferait presque figure de période faste. Sur Collaboratif-info, ce ne sont pas moins de quatre sujets où le principe de l'anonymat avait été retenu que nous avons traités : un réseau social destiné aux managers chez Solvay, une plate-forme d'innovation participative chez BNPP CIB, une solution d'animation de réunion pour les managers opérationnels à la SNCF, et le réseau social interne de Cetelem Espagne, où les salariés ont pu interpeller leur direction générale sur le plan stratégique qu'elle leur présentait.

Le retour

Bref, une véritable inflation ! Celle-ci est cependant vite retombée.

Près de dix ans après l'initiative de SimplyMarket, c'est autour des Happytech visant à libérer la parole des salariés sur la question de leur bien-être au travail que l'anonymat refait aujourd'hui surface. Mais comme à l'habitude, ceux qui font le pari de l'adopter restent très minoritaires. En France, la start up OurCompany a fait ce choix, satisfaisant semble-t-il, puisque l'anonymat reste au cœur d'OurCo, la nouvelle application que vient de lancer officiellement la start up en ce début d'année (voir notre article).

A la CPAM de Meurthe-et-Moselle, qui a déployé la solution dans le cadre d'un projet de qualité de vie au travail, la directrice Sarah Videcoq-Aubert témoignait récemment des bénéfices de l'anonymat. « Quand on veut libérer la parole, l'anonymat est hyper-important, car il sécurise les collaborateurs », insistait-elle.

Finalement, s'il y a un point commun à toutes ces expériences, c'est d'ailleurs bien que ceux qui les ont tentées font tous le constat du caractère vertueux de l'anonymat. Mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas, comme on dit. L'entreprise préfère encore la sécurité du silence.

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