Chronique d'un réseau social d'entreprise annoncé

Facebook d'entreprise. Voilà une expression qui a toujours du mal à passer dans certaines organisations où la référence au réseau social grand public pour désigner sa déclinaison au monde de l'entreprise hérisse la culture maison ou, tout au moins, ceux qui occupent des places déterminantes.

Ailleurs, il s'agit pourtant d'un bon moyen pour donner une idée de ce que peut être un réseau social d'entreprise (RSE), sinon en termes d'utilité, du moins sur le plan de la logique de fonctionnement.

Là où l'image passe mal, l'on préfère donc contourner le problème en évitant son emploi, mais aussi parfois en allant jusqu'à gommer tout simplement la notion de social. Il est donc de moins en moins rare d'entendre parler de réseau collaboratif d'entreprise.

Je passerai sur les arguments qui accompagnent ce glissement formel pour lui donner une nécessité théorique qu'il n'a pas en réalité. Mais le fait est que, dans le même mouvement, l'on commence à trouver des plates-formes dénommées officiellement « réseau collaboratif d'entreprise », officieusement « réseau social d'entreprise », alors que l'on est en droit de se demander ce qu'il reste vraiment de social en elles... Ah oui, peut-être les communautés et l'annuaire. Mais en tout cas pas le centrage sur les individus, qui lui a disparu.

Au-delà de la notion de Facebook d'entreprise, c'est donc le concept même de réseau social d'entreprise qui est en fait tout simplement refusé. Dans certains cas, pourtant, ce refus est assumé et explicitement non définitif. Ici, le RSE est en effet davantage vu comme un objectif à atteindre.

Et pour être en situation d'avoir la maturité suffisante pour ce Graal, l'on cherche à développer d'abord les usages collaboratifs via une plate-forme davantage orientée contenu mais disposant d'outils de blog ou de wiki. Choix périlleux, en vérité, l'intérêt du RSE étant justement sa logique différente, qui conduit à instaurer une relation collaborative en douceur. Logique qui n'a donc rien à voir avec le blog et le wiki, dont l'appropriation se fait souvent attendre dans leur usage traditionnel, même si ces deux outils équipent aussi en général les RSE.

La place délicate de l'individu

Dans d'autres cas, c'est la place de l'individu dans le RSE qui pose problème, dans la mesure où elle est jugée contradictoire avec une culture collective existante. Ici, où l'on privilégie le travail collaboratif en communautés, le RSE est donc aussi un objectif à atteindre, mais l'enjeu est de faire évoluer la culture de l'organisation pour que la valorisation de l'individu induite par le RSE soit en mesure de coexister harmonieusement avec l'esprit collectif.

Il est en revanche toujours rare de rencontrer des entreprises prêtes à jouer la carte du pseudonymat pour surmonter les réticences à cette mise au premier plan de l'individu faite par le RSE. C'est pourtant la voie qu'avait empruntée avec succès la chaîne de supermarchés SimplyMarket (voir un précédent éditorial).

Chez BNP-Paribas, l'anonymat contribue également à la réussite de la démarche menée à travers la plate-forme d'innovation Jump que nous vous présentions dans un retour d'expérience récent (BNPP CIB fait bouger les lignes de l'innovation collaborative avec Jump). Certes, il ne s'agit pas ici d'un réseau social d'entreprise. Mais l'initiative montre que l'anonymat peut apporter de nombreux bénéfices.

Récemment, c'est un chef de projet d'une autre grande banque qui s'interrogeait sur l'intérêt de jouer la carte du pseudonymat sur une plate-forme sociale différente du RSE déjà déployé, pour faciliter l'implication d'une population moins encline à se mettre en valeur individuellement.

L'idée ira-t-elle jusqu'au bout ? Nous verrons. Heureusement, l'entreprise en question ne semble pas comporter de trop grands réfractaires à la notion de Facebook d'entreprise. Sinon, l'anonymat pourrait bien être la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

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