Création de communautés : un débat non clos

Les communautés sont devenues un incontournable des démarches collaboratives en entreprise. Et même lorsqu'elles en sont absentes à l'origine, elles y font souvent – pour ne pas dire toujours – figures d'idéal à atteindre.

Dans la pratique, cependant, les entreprises sont loin d'adopter la même stratégie pour favoriser ou simplement permettre la mise en place de communautés. Tandis que certaines misent sur le laisser-faire, d'autres préfèrent encadrer.

Le thème de la communauté constitue souvent un premier niveau de cadrage. D'un côté, il sera restreint aux problématiques métier, de l'autre il sera au mieux élargi à des domaines liés à la vie de l'entreprise. Un deuxième niveau, que l'on rencontre de plus en plus, concerne le fonctionnement : pas de création de communauté sans un animateur identifié a priori. Enfin, un troisième niveau touche aux objectifs de la communauté, à ce qu'elle va délivrer, avec parfois même une exigence en termes d'indicateurs chiffrés.

Face cette tendance au cadrage, le laisser-faire présente quant à lui quelques avantages. Permettre aux collaborateurs d'échanger sur les thèmes de leur choix, quand bien même ces derniers débordent le cadre de l'entreprise, peut être créateur de liens et susciter des rapprochements qui déboucheront sur des discussions métier. C'est ainsi que chez Sogeti, par exemple, la communauté Pizza Party s'est transformée en lieu d'échange d'informations techniques sur Windows.

Vouloir s'assurer a priori qu'une communauté vivra peut, de son côté, limiter les conditions d'adoption d'une plate-forme communautaire. Au lancement de Wooby Network, le réseau social de Bouygues Telecom, ce sont ainsi 70 communautés qui ont été créées : « Nous n’en attendions pas autant au démarrage, même si une dizaine seulement font l’objet d’échanges vraiment quotidiens, confiait le responsable intranet. Certaines ont été ouvertes pour découvrir le fonctionnement... »

Mais c'est aussi, finalement, préjuger de la valeur – du sens – que pourrait avoir une communauté. Comme l'expliquait un intervenant lors d'un récent événement sur les RH 2.0 : « Chez IBM, une communauté ce sont des personnes qui ont envie de discuter d'un sujet. Et on en compte plusieurs dizaines de milliers d'ouvertes, si ce n'est davantage. N'importe qui peut créer sa communauté, elle vit, elle vit, elle meurt, elle meurt. Et ils ne les animent pas, car ils estiment que s'il y a besoin d'animer ou d'organiser, c'est que la communauté n'a en fait pas de sens. »

Cela dit, du côté des partisans de démarches très cadrées, le débat n'est pas clos. Chez Renault, où la création d'une communauté présuppose justement la nomination d'un animateur de communauté et la définition d'indicateurs chiffrés, un dirigeant reconnaissait qu'il s'agit d'un « exercice de talon-pointe. Nous sommes dans une période intermédiaire, expliquait-il, et cela ne signifie pas qu'à l'avenir nous n'irons pas vers davantage d'ouverture. »

Chez Devoteam, où les communautés sont initialement alignées sur les objectifs business de l'entreprise, la tendance est à l'assouplissement. Comme le montre le retour d'expérience que nous consacrons cette semaine au déploiement du réseau social Jive par la SSII, s'il n'est pas question d'encourager la création de groupes sur des hobbies déconnectés de la sphère professionnelle, les collaborateurs peuvent en créer librement pour se découvrir.

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