Ecole numérique, la magie des outils

Le rapport « Réussir l’école numérique » de la mission parlementaire conduite par le député Jean-Michel Fourgous laisse dubitatif. Passons sur les 70 mesures proposées, les parties prenantes, entre autres les enseignants, jugeront, au regard notamment de ce qui sera in fine retenu par le gouvernement.

Et passons aussi sur cette prophétie annonciatrice d’un monde de paix propulsé par internet, où la mutualisation et la collaboration devenues des réflexes donneront lieu à « une production collective qui ne pourra accepter de frontière », mais qui impose avant cela une attitude quasi-guerrière, dans le cadre d’une révolution numérique « où la question est plutôt de savoir comment… jouer un rôle indéniable dans la compétition mondiale », notamment face aux pays émergents.

Non, ce qui étonne dans ce long plaidoyer qui veut mettre l’élève au centre de l’apprentissage et transformer les enseignants en « catalyseurs d’intelligence collective », c’est la toute-puissance conférée aux technologies de l’information et de la communication, et notamment les pouvoirs quasi magiques attribués aux outils du web 2.0, véritables générateurs de collaboration spontanée, que ce soit entre élèves, entre enseignants ou au cœur même de la pédagogie.

On n’en voudra pas, bien sûr, aux auteurs de ce rapport de « croire » au collaboratif. Mais peut-être cette mission parlementaire aurait-elle pu s’appliquer à elle-même ce en quoi elle dit croire, en menant un véritable travail collaboratif sur les pratiques collaboratives ? Cela aurait sans doute permis ce conflit sociocognitif cher à la pédagogie constructiviste dont elle dit épouser le point de vue et de sortir de cette centration, comme disait Piaget, sur l’outil.

Car, comme le montre de nombreuses études, le travail et l’apprentissage collaboratifs ne sont pas histoire d’outils mais, notamment, de volonté humaine, d’appropriation de savoir-faire, de rupture avec les habitudes, et, en outre, concernant l’apprentissage collaboratif, loin de s’opposer à l’approche transmissive il la complète plutôt, et son résultat n’est par ailleurs jamais garanti.

Autant d’enseignements qu’il aurait fallu prendre en compte pour poser les bases de véritables moyens pour le travail collaboratif à l’école. Mais il est vrai que ce n’était pas l’objectif, puisqu’il s’agissait, comme l’indique le Premier Ministre dans sa lettre de mission, de faire « la promotion des technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement scolaire ». Dont acte.

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