Entreprise collaborative : ne vous trompez pas de «super-manager»

Quoi de mieux qu'un bon petit stage dans un camp militaire pour forger les managers et capitaines d'industrie de demain ? C'est en tout cas la formule que proposait à ses étudiants une école de management en début d'année.

Une manière, était-il dit, de développer leurs aptitudes au management et à la prise de décisions en situation de crise et de stress, de favoriser l’esprit d’équipe, la cohésion et le sens des relations humaines, d'apprendre à gérer l’individuel et le collectif au sein des organisations. Bref, une manière de fabriquer des « super-managers ».

A vrai dire, ce type d'idée n'est pas vraiment nouvelle. Mais les présupposés de l'argumentation laissent toujours songeur. Le spécialiste du management Anthony Poncier (qui publie cette semaine une chronique sur Collaboratif-info) décortiquait d'ailleurs assez bien la question dans un billet publié lui aussi en début d'année, intitulé Social Business : des managers, des vrais, pas des militaires.

Pointant la différence fondamentale entre le fonctionnement de l'armée et la culture collaborative, culture vers laquelle les entreprises semblent aujourd'hui souhaiter se diriger, il concluait : « C’est pourquoi les écoles et grands patrons qui pensent avoir trouvé [dans le fonctionnement militaire] une réponse à leur problématique managériale se trompent de chemin pour le moins, ou pour le pire de vision. »

Autre hypothèse non citée par Anthony Poncier, que le climat actuel effectivement propice au collaboratif ne soit chez certains rien d'autre que du discours. C'est justement un peu ce que l'on ressent, incidemment, à la lecture d'un article de l'Express publié la semaine dernière, Et si vous embauchiez un militaire, dont le déclencheur est une véritable question sociale, celle de la reconversion des militaires dans un contexte de réduction massive des effectifs de l'armée.

« Pour l'officier qui devient manager, peut-on y lire dans la bouche d'un consultant RH, il faut prévoir un sas car les codes de l'entreprise et de l'armée ne sont pas les mêmes. Il lui faudra adapter son langage, “marketer” davantage son discours. La discipline n'est pas marquée de la même façon. Certes les règles de management sont tout à fait duplicables. Mais on ne parle pas de la même façon à une équipe de travail qu'à une troupe ! » On ne peut pas mieux dire que tout ne serait qu'une question formelle de discours.

Libérer l'entreprise du commandement et contrôle

En 2009, lorsque le chiffre d'affaires de l'entreprise qu'il a créée et dirige s'écroule d'un tiers, entraînant la suppression d'un quart de l'effectif, ce n'est pas pour un stage militaire que va opter Alexandre Gérard, pour lui-même et le management.

Pour ne plus jamais vivre ça et mettre l'entreprise en capacité de faire face aux situations de crise, c'est même sur la voie inverse qu'il va l'engager, la libérant du fonctionnement hiérarchique, du commandement et contrôle, supprimant des niveaux de management, redistribuant le pouvoir à l'ensemble des collaborateurs, développant l'autonomie, la prise de décision par tous...

Un chantier énorme démarré en 2010, avec une transformation en profondeur enclenchée en 2012, comme nous en rendons compte dans un article retour d'expérience cette semaine : Inov-On, sur le long chemin de la libération de l'entreprise et de ses salariés.

Un chantier dans la durée, tant le changement culturel est important et nécessite un accompagnement fort de chacun, et peut-être davantage des managers, pour qu'ils troquent leurs réflexes de contrôle au profit du laisser-faire.

Mais un travail énorme également pour les dirigeants du groupe fortement ancrés dans la culture du commandement et contrôle, au premier rang desquels le PDG lui-même, pourtant à l'initiative de la transformation.

« Quand, du jour au lendemain, il faut arrêter de penser que l'on peut décider de tout, comprendre que dans 260 cerveaux il y a beaucoup plus d'intelligence que dans 3 ou 4 et que mobiliser 100 % de ces cerveaux est une nécessité pour survivre et réussir, le choc est violent », avoue-t-il, indiquant avoir dû beaucoup travailler sur lui-même, se faire accompagner pour lâcher-prise. Bref, une démarche bien loin d'un simple lifting du discours...

Collaboratif-info interrompt la publication de ses éditions hebdomadaires. Prochaine édition, la semaine du 26 août. Bon été à tous.

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