Entreprise libérée : le jour et la nuit

Cet ex-salarié d'une entreprise libérée n'y va pas de main morte. Placé au cœur du système, il raconte. Des salariés officieusement classés en trois groupes, en gros les dissimulateurs, les suiveurs et les bons élèves. La mission des managers ? Débusquer les premiers et les pousser vers la sortie, avec l'espoir que l'organisation finira par ne compter que des bons élèves.

Sous surveillance, les salariés sont épiés au sein des réseaux servant normalement à favoriser les échanges et le partage de bonnes pratiques entre les équipes. Epiés par les animateurs de ces réseaux, transformés en vulgaires indics de la direction.

Le reste de l'histoire que raconte cet ex-salarié est du même tonneau et l'ensemble donne, à vrai dire, un peu froid dans le dos.

De quoi alimenter, en tout cas, le moulin des détracteurs de l'entreprise libérée, même s'il ne s'agit que d'un cas particulier et qu'ils oublient eux-mêmes volontiers que l'organisation classique n'est pas toujours un modèle d'humanité, en dépit des valeurs affichées, d'équipes RH éclairées ou du contre-pouvoir des corps intermédiaires...

Retour de managers

Chez Scarabée Biocoop, on ne parle pas d'entreprise libérée. Depuis 2015, la coopérative a adopté un fonctionnement holacratique, avec pour enjeu de donner le pouvoir aux salariés et de libérer la parole.

Une transformation toujours inachevée, qui n'a heureusement rien à voir avec l'histoire racontée ci-dessus.

Mais elle pourrait elle aussi conforter la position des détracteurs de l'entreprise libérée, car après avoir supprimé tous les chefs, la coopérative vient d'engager un nouveau chantier : mettre en place des super-managers.

« Après cinq ans d'Holacratie, nous avons constaté que nous avions besoin d'une autorité qui ait une vision d'ensemble d'un cercle, qui s'assure de l'alignement de ses membres, suive chacun d'eux, les challenge, apporte de la reconnaissance, de la justice… Bref, une autorité qui mette en œuvre toutes les capacités managériales », nous explique le responsable de la mise en place de l'Holacratie dans la coopérative, dans un article retour d'expérience que nous consacrons à cette démarche cette semaine.

Les détracteurs de l'entreprise libérée crieront sans doute victoire devant cette reconnaissance du rôle indispensable du manager, qu'ils ne cessent de proclamer.

Ils devront cependant mettre un peu d'eau dans leur vin, car le chantier engagé chez Scarabée Biocoop montre aussi que la transformation managériale opérée par les démarches d'entreprise libérée n'a pas en réalité pour finalité cachée de supprimer les managers des lignes comptables, comme ils le défendent. Même si tout est possible, comme le montre l'histoire rapportée en début de cet éditorial.

Surtout, pour la coopérative, pas question de faire un retour en arrière. « L'enjeu est de légitimer cette autorité dans un cadre Holacratique, insiste le responsable de la mise en place de l'Holacratie, en continuant de proposer des pratiques d'autorité partagée, de confiance et de libération de la parole. »

Bref, une histoire à suivre.

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