Entreprise libérée : un pouvoir de décision dérangeant

L'entreprise libérée continue de faire parler d'elle. Début mars, un article lui était ainsi consacré dans le journal Libération. « Entreprise libérée, les salariés en prennent pour leur grade », était-il titré. De quoi attirer l'attention.

Derrière ce titre accrocheur, l'on restait cependant sur sa faim. En guise de salariés en prenant pour leur grade, était évoquée une seule expérimentation, menée dans un magasin Auchan. Des postes de cadres supprimés, des salariés davantage investis sans que leurs salaires ne soient revus à la hausse… L'expérience s'est achevée dans la rue, par une manifestation exigeant de meilleures conditions de travail.

Mais au-delà de cet exemple, la tonalité globale de l'article restait finalement assez neutre, illustrant la difficulté de parler de manière univoque du sujet, tant les démarches dites d'entreprise libérée peuvent recouvrir des réalités différentes.

Et les choses ne devraient pas s'arranger. Car, loin d'être un mirage n'existant que sur les réseaux sociaux, comme j'ai pu le lire ailleurs, la notion d'entreprise libérée continue de se diffuser et l'appropriation de ce mode de fonctionnement prend de nouvelles formes.

Le cas de la CNIEG que nous vous présentions récemment dans un article est à ce titre éloquent. Ici, pas de grande révolution ouvrant la porte à tous les possibles ni de remise à plat totale et très formalisée via l'Holacratie, mais un maganement libéré qui entre par la porte des bonnes pratiques puisées chez les autres, dans une démarche d'amélioration continue.

Totalitarisme ?

Quant au reproche de totalitarisme adressé à l'entreprise libérée par certains de ses critiques et évoqué dans l'article de Libération, il est plutôt contre-intuitif. Difficile d'imaginer en quoi donner davantage de pouvoir de décision aux salariés serait nuisible à la démocratie dans l'entreprise, si tant est qu'une entreprise puisse devenir fondamentalement démocratique.

Le moins que l'on puisse dire, en revanche, c'est que toutes les expériences de management libéré sont loin de connaître le même destin que celle du magasin Auchan cité par Libération.

Chez Mini Green Power, par exemple, c'est le passage à l'entreprise libérée qui a permis de ramener le turnover de 30 % à 10 % en deux ans (voir notre article : Le management libéré réconcilie salariés et dirigeants de Mini Green Power).

De son côté, la start up Iterop, qui a adopté un management libéré dès sa création, n'a connu, elle, aucun départ de salarié en 6 ans d'existence (voir notre article : Chez Iterop, tout le monde vote sur tout).

A contrario, l'on peut concevoir que le modèle de l'entreprise libérée ne réjouisse pas tout le monde.

« Nous avons déjà perdu des investisseurs potentiels pour cette raison, me confiait ainsi le dirigeant d'une entreprise où les salariés valident les décisions stratégiques prises avec les actionnaires. Ils nous expliquaient qu'ils n'étaient pas des hippies, mais étaient là pour gagner de l'argent. Or nous gagnons de l'argent tout en étant libérés », défendait-il.

Et, jadis exemples emblématiques de l'entreprise libérée en France, c'est sur décision de leurs actionnaires que le groupe Poult et l'entreprise Favi ont interrompu l'aventure. Mais je ne crois pas savoir qu'il s'agissait d'en finir avec le totalitarisme.

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