Face à Teams, Slack plie mais ne rompt pas

Stewart Butterfield est serein. « Si la progression du nombre d'utilisateurs de Teams est le simple reflet d'une augmentation du déploiement d'Office 365, je ne suis pas inquiet », déclare le co-fondateur et PDG de Slack lors d'une conférence organisée par le magazine américain Fortune en juillet dernier.

Il réagissait à l'annonce par Microsoft que sa messagerie d'équipe Teams comptait désormais 13 millions d'utilisateurs quotidiens. Autrement dit qu'elle passait largement devant Slack et ses 10 millions annoncés en début d'année.

Stewart Butterfield n'a pas précisé si ce dernier chiffre avait évolué depuis. Il a préféré pointé l'incapacité de Microsoft à détrôner Google avec son moteur de recherche Bing, malgré les milliards investis. Œcuménique, le PDG a également remarqué que son intégration à G Suite n'avait pas sauvé le réseau social Google+ de l'échec.

Près de deux mois plus tard, le 5 septembre dernier, la start up a publié ses résultats du deuxième trimestre. Plutôt corrects, en dépit d'une perte de près de 360 millions de dollars due surtout à son processus d'introduction en bourse, au mois de juin.

Mais les analystes et la bourse américaine ont moins aimé les perspectives de croissance, revues à la baisse. Si Stewart Butterfield n'est pas inquiet, la concurrence avec Microsoft produit de toute évidence ses effets.

En France, par exemple, une enquête réalisée par le Club Décision DSI, IT Research et JDN montre que la part de marché de Slack chute de 14 % à 8 % en un an dans les moyennes et grandes entreprises.

Dans le même temps, celle de Teams s'envole de 6 à 33 %. Sachant que Skype for Business occupe une part de 35 % mais a entamé son processus de disparition au profit de Teams, ce dernier devrait finir par tout largement dominer.

La variable ergonomie

Serein, le PDG de la start up continue, lui, de mettre en avant l'expérience utilisateur de sa messagerie, son ergonomie exemplaire. Un argument solide, mais pour combien de temps ?

Certes, l'adoption de la suite collaborative Office 365, en particulier de Teams, connaît de sérieux ratés. La clarté de son offre fonctionnelle et son ergonomie devraient cependant continuer de s'améliorer, du fait de Microsoft, voire surtout grâce à d'autres intervenants.

Comme me le confiait récemment un acteur du secteur : « Microsoft reconnaît qu'il propose trop d'outils et que c'est compliqué pour l'utilisateur. Mais plutôt que proposer une véritable Digital Workplace, il compte beaucoup sur d'autres acteurs pour aider les entreprises à effectuer le dernier kilomètre, bâtir sur Office 365 un espace de travail cohérent et facile d'adoption. »

De fait, pour rentabiliser leur investissement, les entreprises se tournent de plus en plus vers des solutions de surcouche logicielle à Office 365, de type Powell 365, Unily, Valo, Lively, Beezy, etc.  Elles ne sortent pas de l'environnement Microsoft pour aller trouver mieux ailleurs.

Ironie du sort, Slack ne doit pas seulement batailler contre le géant américain et tout cet écosystème d'acteurs. Lors de la conférence de présentation des résultats de la start up, son PDG a révélé un autre obstacle.

Expliquant le décalage des objectifs de rentabilité, Stewart Butterfield l'a notamment imputé à la progression du nombre d’utilisateurs aux profils non techniques, une population qui nécessite davantage d'accompagnement pour s'approprier la solution, la convertir en usages métier. Ergonomie exemplaire ou non, à chacun ses problèmes d'adoption...

Mais pas de quoi abattre la quiétude de Stewart Butterfield. Evoquant les succès remportés au cours du trimestre au sein de grandes entreprises, le PDG a cité le cas d'une société de services financiers comptant 50 000 collaborateurs : « Bien sûr, comme la pluplart des grandes entreprises, ils disposent d'Office 365, expliquait-il. Mais ils nous choisissent encore, car ils savent que seul Slack est en capacité de répondre à leurs besoins. »

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