Innovation RH : la chasse aux employés toxiques est ouverte

L'innovation en ressources humaines bat son plein. Enfin, au moins dans les entreprises agitées par la transformation numérique et où les RH réussissent à y accompagner le mouvement.

Certes, innover en ressources humaines ne se réduit pas à la question numérique. Mais cette dernière est suffisamment médiatique, et paraît-il stratégique, pour souvent cacher la forêt. Quand forêt il y a, bien sûr.

Quoi qu'il en soit, la révolution numérique est depuis un moment déjà entrée dans le monde des RH, en passant par la porte du recrutement. Le nombre de pages Facebook ou comptes Twitter destinés à cet usage ou la place occupée par les réseaux sociaux en matière de sourcing le montrent. Même si, derrière l'affichage, les pratiques ne sont pas toujours, disons, optimales.

Sur la même problématique, le mobile est un autre terrain exploré. En témoigne notamment la récente initiative menée par Axa, Danone et la Société Générale : un hackathon organisé avec la société Talentys et réunissant étudiants de l'Ecole 42, spécialisée dans les métiers du numérique, et collaborateurs de ces entreprises afin d'inventer une application mobile « capable de transformer la relation entre ressources humaines et candidats ».

L'occasion aussi pour ces trois entreprises de passer en revue la question de l'innovation RH au sein de leurs organisations respectives, comme nous en rendons compte cette semaine dans un article : L'innovation RH aux prises avec la transformation numérique.

Sur ce terrain, un autre thème de réflexion est celui du Big Data, une technologie magique dont on se laisse facilement à rêver qu'elle permettrait de tout faire. Ce qu'elle peut sans doute, mais au risque aussi que l'on en fasse n'importe quoi.

Des pommes pourries très contagieuses

A cet égard, une récente initiative du spécialiste de la gestion des talents Cornerstone laisse plutôt dubitatif. Grâce au Big Data, l'éditeur a analysé 250 000 observations rassemblées sur 63 000 personnes recrutées par ses entreprises clientes américaines. Objectif : établir le profil type du « collaborateur toxique » afin de l'identifier avant l'embauche. Avant qu'il ne vienne infecter une équipe comme une « pomme pourrie » (sic).

Car l'analyse met en lumière les dégâts que peut engendrer ce type d'individu : risque de contagion sur ses collègues qui peuvent à leur tour devenir toxiques, ou augmentation du stress des collaborateurs performants avec un risque 54 % plus élevé qu'ils quittent l'entreprise. Résultat : « l'arrivée d'un collaborateur toxique dans une équipe de 20 personnes coûte en moyenne 12 800 dollars, contre 4000 dollars pour un collaborateur non toxique, en raison des postes à remplacer », est-il sobrement calculé.

Mais qu'est-ce qu'un collaborateur toxique ? Ici, un individu dont le comportement a conduit à son licenciement pour violation de la politique d'entreprise. Les comportements toxiques pris en compte sont le harcèlement sexuel, la violence, la consommation de drogue ou d'alcool, la falsification de document, la fraude. Du sérieux, donc. Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur cet assemblage hétéroclite. Mais passons.

En effet, l'éditeur explique encore que les résultats de son étude ne reflètent que la partie émergée de l'iceberg. Que la situation pourrait être pire en intégrant des « comportements toxiques moins énormes mais beaucoup plus répandus dans l'entreprise », comme la grossiéreté, l'intimidation, saper le moral de ses collègues. Et on se demande bien, effectivement, où pourrait bien se terminer cette liste.

Le plus comique, si l'on peut dire, c'est que les Data Scientists se sont basés sur le modèle statistique de Cox, dit de survie, surtout utilisé dans le domaine médical pour évaluer l'impact d'un traitement sur le temps de guérison ou survie d'un patient. L'on aura compris que le malade est ici l'entreprise et l'individu le cancer. Pas mal pour une « innovation » RH.

Et si vous souhaitez identifier ces « pommes pourries », sachez que 33 % des individus répondant que les règles de l'entreprise sont faites pour être suivies en font partie. A bon entendeur...

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