L’Entreprise 2.0, c’est par où ?

Je suis tombé récemment sur une solution plutôt incroyable. Présentée comme un réseau social d'entreprise, elle repose sur un principe qui, à une autre époque, aurait été qualifié sans nul doute de contre-révolutionnaire.

Tout en annonçant vouloir accompagner les entreprises à leur rythme vers l'adoption des usages 2.0, ses créateurs ne proposent en effet rien de moins que de mettre le réseau social sous la coupe de la hiérarchie.

Seuls les managers ont ainsi le droit de publier des informations vers les collaborateurs, soigneusement cloisonnés par groupes. Et si les collaborateurs peuvent y réagir, leur contribution ne parvient qu'aux managers. A eux de décider alors de l'ouverture ou non d'un dialogue public au sein d'un groupe. En option, une fonction activable par le manager donne également la possibilité aux collaborateurs de transmettre spontanément de l'information. Mais là encore ce n'est qu'au manager, à qui revient le droit de la rediffuser ou pas à l'ensemble du groupe.

Pourquoi un tel fonctionnement ? Ses concepteurs nous l'expliquent : « Afin d'éviter les discussions inutiles et de se concentrer sur l'essentiel »...

Ailleurs, chez Limagrain par exemple, auquel nous consacrons un article cette semaine (Un portail source d'innovation collaborative pour les chercheurs de Limagrain), se concentrer sur l'essentiel c'est au contraire décloisonner.

Structuré en quatre grandes branches, pour certaines constituées de plusieurs sociétés indépendantes et parfois même concurrentes, le groupe coopératif agricole a déployé il y a deux ans une plate-forme collaborative.

Ici, peu de conversations en ligne. Lorsqu'ils veulent discuter, les chercheurs privilégient encore la réunion physique, la conférence téléphonique et même le mail. Au passage, j'imagine que personne ne s'interroge alors sur l'utilité de leurs conversations.

Pour la direction scientifique du groupe, l'enjeu de fond prioritaire n'est d'ailleurs pas de générer de la discussion, mais que les chercheurs rendent visibles leurs travaux, leurs pratiques, leurs savoirs, à leurs pairs. Pour susciter des rapprochements au sein de communautés transverses, et surtout pour faire du portail collaboratif une source bouillonnante d'inspiration.

Dans un tout autre univers mais dans le même ordre d'idées, chez BNP Personal Finance, qui a déployé un réseau social d'entreprise voici un peu plus de neuf mois, une responsable faisait ce constat : « Créer une dynamique, animer, est indispensable pour susciter l'adhésion au réseau social. Mais pour beaucoup de collaborateurs, sa valeur ajoutée est de pouvoir accéder à l'information, par forcément de contribuer. »

Avant même de conduire à de la discussion, l'adoption des usages 2.0 passe ainsi par le simple et libre partage de quelques-uns au profit de tous. Le « pire » étant que pour susciter l'adhésion initiale, comme le montrent de nombreux projets de réseaux sociaux d'entreprise, il faut aussi laisser la porte ouverte aux conversations « inutiles », par exemple au sein de communautés non business.

Qu'on le veuille ou non, l'Entreprise 2.0 commence quelque part par là, dans ce libre partage qui peut parfois friser l'inutilité.

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