La culture de l'innovation en proie à la re-fermeture dans l'entreprise

Après s'être concentrées sur la phase de créativité, à travers des dispositifs d'innovation participative ou de co-innovation avec leurs clients, les entreprises se focalisent sur les phases de sélection des idées et de preuve du concept, nous apprend la dernière édition de l'Observatoire du management de l'innovation réalisé par le cabinet BearingPoint (voir notre article : Les entreprises en quête des bons moyens pour innover plus vite et mieux).

Figurant en bonne place parmi les voies explorées dans ce cadre, l'incubateur. Un dispositif encore peu évident à faire vivre au sein de l'entreprise, comme l'illustre son taux élevé d'échecs, mais qui a fait dans un certain nombre de cas ses preuves et devrait constituer, demain, le dispositif d'innovation dominant, selon certains spécialistes.

L'on remarquera cependant que l'incubateur représente – en tout cas sous sa forme actuelle – un modèle fermé, son principe étant généralement de rassembler une équipe restreinte, souvent d'experts. Il est ainsi assez éloigné des dispositifs participatifs.

De plus, si son fonctionnement reste bien collaboratif, il n'est finalement pas très éloigné de celui des communautés de pratiques officielles, qui existent avec leur mode de management interne, en rupture avec celui de l'entreprise.

Une situation qui peut d'ailleurs imposer, lorsqu'un projet sort d'incubation pour être pris en charge par une entité métier, la mise en place d'un dispositif intermédiaire de semi-incubation pendant quelques temps.

Fablab interne : un simple buzz ?

Au-delà du registre de l'efficacité des incubateurs, à travers la nouvelle priorité qu'ils illustrent, l'on pourra donc également se demander dans quelle mesure le développement large d'une culture de l'innovation reste une priorité pour les entreprises.

A cet égard, l'Observatoire du management de l'innovation de BearingPoint cite des chiffres éloquents : alors que 75 % des entreprises déclarent que l'innovation est au moins dans le trio de tête de leurs priorités stratégiques, seules 32 % d'entre elles libèrent du temps pour que leurs collaborateurs puissent innover, 22 % le faisant de manière exceptionnelle et 43 % jamais !

De quoi rester songeur face au buzz fait actuellement par la notion de Fablab interne. Pour faire un nouveau parallèle avec les communautés de pratique, au moins celles-ci peuvent-elles exister de manière informelle au sein de l'entreprise, ce qui laisse espérer de trouver les modalités de leur existence officielle voire de leur création artificielle.

Mais que pourra-t-il donc rester du Fablab, une structure par nature étrangère au monde de l'entreprise, au fonctionnement fondé sur l'ouverture à tous, à la culture communautaire pouvant osciller entre l'associatif, l'alternatif voire l'anarchisme, une fois transposée dans l'entreprise ?

A défaut d'un engagement plus volontaire en faveur de l'innovation, sur le plan du management comme du temps libéré, sans doute un simple local avec quelques imprimantes 3D, fraiseuses numériques, machines à découpe laser et circuits imprimés Arduino. Un lieu où les équipes des incubateurs pourront quand même venir prototyper plus vite. Mais au mieux.

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