La démocratie aux prises avec le numérique

Le numérique est-il compatible avec la démocratie ? Drôle de question, dira-t-on, à l'heure où les nouvelles technologies, dans la lignée des solutions web 2.0, nous promettent, en tant que citoyen, client ou salarié, un monde meilleur peuplé de contributeurs ou collègues prêts à nous venir en aide et à partager, de marques, institutions ou managers attentifs à nos avis ou commentaires librement exprimés.

Les récents déboires de Facebook suite à l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis incitent néanmoins à rester prudent sur la réponse que l'on pourrait apporter à cette question finalement non tout à fait gratuite.

Si vous n'avez pas vraiment suivi l'affaire, rappelons que le réseau social est accusé, en raison de la logique de fonctionnement de son algorithme, d'avoir influencé le vote aux élections présidentielles américaines en facilitant la propagation de fausses informations sur le fil d'actualité de ses utilisateurs, eux-mêmes enfermés dans des « bulles de filtres » les laissant en vase clos entre individus pensant la même chose.

Facebook n'est d'ailleurs pas le seul accusé, Twitter l'est aussi. L'accusation est-elle vraiment fondée ? En tout cas, cela fait un peu désordre, les plates-formes de réseau social et leurs mécanismes de recommandation de contenu ou relation étant aujourd'hui considérées comme le nec plus ultra en matière d'intelligence collective numérique.

Sans doute dans une mauvaise passe médiatique, Facebook était à nouveau montré du doigt ce mardi suite à un article du New York Times, mais pour un autre motif. Le journal rapporte que le réseau social aurait développé en toute discrétion un logiciel de censure permettant de supprimer des thèmes de discussions du fil d'actualité des utilisateurs d'une zone géographique déterminée. Selon des salariés de Facebook souhaitant rester anonymes, l'enjeu serait de faciliter le retour du réseau social en Chine, où les autorités restent chatouilleuses à l'égard des messages sur des sujets qu'elles jugent sensibles, notamment les critiques à leur égard...

La promesse d'une démocratie participative renouvelée

Heureusement, quand on parle de démocratie et de numérique, ces tristes exemples ne gâchent pas tout le paysage. En France comme ailleurs, les Civic Tech sont porteuses de belles promesses pour donner un nouveau rôle au citoyen, faciliter son expression, sa consultation, voire sa coordination avec ses pairs afin que, ensemble, ils réfléchissent et proposent des solutions à des problèmes, que ce soit au niveau d'un quartier, d'une ville, voire d'un pays.

Certes, l'on reste pour beaucoup encore au stade des promesses. Mais les choses avancent, notamment au sein des collectivités locales, comme le montre notre article tendance de la semaine.

Mais croire que les choses iront de soi vers leur forme parfaite comme le voulait Aristote serait être optimiste. Ainsi que le signalait récemment Loïc Blondiaux, entre autres vice-président de l'association Démocratie ouverte, lors d'une conférence sur la démocratie locale et le numérique, les Civic Tech peuvent tout aussi bien devenir le terreau d'une démocratie participative renouvelée qu'un outil de populisme participatif au service d'un gouvernement autoritaire.

Comme toujours, les technologies seront ce que nous voulons en faire. Mais les Civic Tech sont en tout cas porteuses « en puissance » de la démocratie telle que la voulait Aristote, un lieu où nous pouvons être tour à tour gouvernés et gouvernants. C'est à ce lieu qu'elle peuvent contribuer à donner vie, à leur manière.

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