Tous les tenants du 2.0 vous le diront, l'Entreprise 2.0 n'est pas une question d'outil. C'est une question de stratégie, de management, de volonté de changement, visant à créer une culture collaborative qui remet l'humain au centre de l'entreprise.
Certes, au-delà de ces fondements, l'outil refait son apparition. Normal, à partir du moment où l'on considère qu'il constitue un medium approprié pour porter la dynamique collaborative impulsée, favoriser la participation, le partage, la transversalité, l'intelligence collective.
Ce qui est moins compréhensible, en revanche, est le discours de certains apôtres du 2.0 pour qui la nature 2.0 d'une entreprise se jugerait aussi par l'absence de « fracture numérique » en son sein, autrement dit au fait que l'ensemble des salariés seraient connectés.
Derrière l'apparente radicalité de cette vision, se cache en fait une position finalement très normative, et donc fort peu compatible avec l'idée même de remettre l'humain au centre de l'entreprise.
La tendance que nous publions cette semaine le montre, remettre l'humain au centre de l'entreprise, c'est en effet d'abord respecter la personnalité de chaque individu, sa propre dynamique. Et même si l'enjeu est d'aller plus loin, c'est encore à lui de décider du chemin et du rythme.
Une démarche qui peut conduire à des résultats étonnants : comme dans cette entreprise où certains managers rétifs à l'utilisation d'un outil bureautique pour gérer leur planning ont finalement été formés à mieux structurer leur agenda papier !
« Vouloir promouvoir la collaboration et provoquer d’emblée l’exclusion d’une partie du public est un triste paradoxe », écrivait Olivier Rivière dans une chronique publiée sur Collaboratif-info où il préconisait, justement, de ne plus définir l'Entreprise 2.0 par l'utilisation d'outils 2.0, face à la répulsion que les technologies peuvent parfois provoquer.
On pourrait ajouter qu'il ne suffit pas que les technologies inspirent de l'aversion pour qu'elles puissent être un non-sens. Mais il semble que le principe selon lequel la collaboration n'est pas une question d'outil soit finalement plus difficile à accepter qu'il n'y paraît, y compris parmi ceux le brandissant tel un étendard.
Gageons qu'il s'agit là du simple symptôme d'une maladie infantile, qui disparaîtra la maturité venue.