La patate très chaude de l'entreprise 2.0

C'est ainsi que Jon Husband qualifiait la question de la rémunération dans l'interview qu'il nous accordait la semaine dernière (« L'entreprise 2.0 se bâtira en plusieurs vagues »). « Il faut bien avouer que dans l'entreprise 2.0 presque personne ne met cette problèmatique de la rémunération sur la table, nous disait-il. Personne ne veut y toucher, c'est une patate très chaude. »

De fait, si la dimension collaborative est aujourd'hui prise en compte, c'est de manière très parcellaire. Tout étant une question de motivation, d'engagement, et les théories modernes du management nous enseignant combien le monétaire est un facteur dérisoire en la matière, l'on compte souvent d'abord sur la foi ou le désir des volontaires.

A juste titre d'ailleurs. La soif de participer, le plaisir de partager, la compréhension de ce que cela peut apporter pour soi et pour tous, sont de bien beaux moteurs sans lesquels aucune démarche d'entreprise 2.0 digne de ce nom n'aurait jamais pu émerger. L'on trouverait peut-être quelques petits « processus » 2.0 de-ci, de-là. Mais guère plus.

La première intrusion du salaire dans la collaboration se produit de manière détournée, via le temps de travail. En dépit de toutes les bonnes volontés, faire vivre une démarche 2.0 nécessite en effet du liant. De l'opérationnel engagé dont une petite fraction du temps de travail est affectée à l'animation de communautés métiers jusqu'au poste entièrement dédié à la démarche, l'on trouve dans ce registre plusieurs cas de figures.

Un saut qualitatif est cependant accompli lorsqu'il ne s'agit plus de faire vivre la démarche mais de l'étendre au-delà du cercle des volontaires, de la faire entrer dans les rouages de l'entreprise, sa culture. C'est à ce second stade que la collaboration fait son entrée dans les critères d'évaluation des collaborateurs, qu'elle devient un élément du salaire.

Néanmoins, elle n'en constitue qu'un élément. Or, si la collaboration devient le mode central du travail, comme le remarque Jon Husband : « Les échelles salariales devraient être orientées vers le travail collaboratif et d'équipe, alors que les salaires sont aujourd'hui définis poste par poste. »

L'entreprise 2.0 conduisant naturellement jusqu'à redistribuer en partie les cartes des responsabilités des managers vers les managés, la remarque de Jon Husband est loin d'être dénuée de sens. Surtout, cette question de la rémunération commence à être posée par les salariés eux-mêmes, ceux-la même sans la motivation desquels l'entreprise 2.0 s'écroulerait comme un vulgaire château de cartes.

Les directions des ressources humaines, qui sont de plus en plus impliquées dans les démarches 2.0, seraient peut-être donc bien avisées d'inscrire cette problématique dans un coin de leurs tablettes. En espérant que lorsqu'elles n'auront plus d'autre choix que de la mettre sur la table, la patate sera devenue un peu moins chaude.

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