La solitude de l'animateur de communauté

En entreprise, pas de communauté durable sans animateur pour la stimuler, déclarait Philippe Drouillon lors d'un événement sur le 2.0 organisé la semaine dernière par l'association SOL France. Impliqué depuis dix ans dans l'accompagnement des communautés de pratique de son entreprise,
le chimiste Solvay, il ajoutait même : « Pour nous, l'animateur idéal, c'est...
deux animateurs ! »

Que l'animation soit essentielle dans le cadre d'une démarche communautaire en entreprise paraîtra une évidence à beaucoup. Et l'on pourra aussi se dire que ce qui vaut pour une communauté de pratique, qui repose par essence sur la motivation spontanée de ses membres, est à fortiori valable pour les démarches communautaires initiées de manière beaucoup moins bottom-up, que ce soit à travers un dispositif d'innovation participative ou un réseau social interne.

Pourtant, à regarder ce qui se passe parfois sur le terrain, il y a de quoi rester perplexe. En premier lieu, que l'animateur de communauté soit un collaborateur de l'entreprise, et dans une majorité de cas un opérationnel, tombe relativement sous le sens. Le problème vient plutôt lorsque cette mission d'animation a tendance à se surajouter à son job métier.

Animer la communauté peut alors très vite devenir un fardeau. Et la belle initiative collaborative, qui devait favoriser intelligence collective, innovation, apprentissage et tout ce que l'on voudra, ne favorise plus rien, si ce n'est du stress et du mal-être. Voire un désengagement. Le comble pour une démarche censée justement renforcer l'engagement, replacer l'humain au cœur du système.

Le cas le plus étrange est cependant celui d'entreprises assez expertes dans l'art de conceptualiser le collaboratif, alors qu'en pratique elles ne font que le plier à leur structure, hiérarchique et organisationnelle. Une posture quasi-idéologique, qui tolère donc à côté d'elle d'authentiques initiatives communautaires de terrain, tout en les laissant cependant dépourvues de réels moyens. Où l'animateur de communauté, en général un opérationnel à l'origine de l'initiative, doit non seulement faire sans, mais en même temps prouver de manière régulière la rentabilité de la démarche !

Ici, il y a de quoi être admiratif devant la foi qui habite l'animateur de communauté. Admiratif, mais aussi inquiet : jusqu'à quand va-t-il tenir ?

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