La transformation numérique, victime du top management !

41% des salariés français sont en situation de désengagement, de désenchantement, voire d’angoisse. A l'heure où la question de la compétitivité tourne de manière obsessionnelle autour de la question du coût du travail, ce chiffre devrait pourtant interpeller.

C'est d'ailleurs ce que ne manque pas de faire Capgemini Consulting, puisque ce chiffre est tiré de la deuxième édition de l'enquête les « Français au travail » réalisée par le cabinet de consultants, en partenariat avec TNS Sofres. « Peut-on se satisfaire d’une telle situation qui pèse bien évidemment sur la compétitivité et le moral collectif de notre pays ? », s'interrogent ainsi ses auteurs.

Sans surprise, la confiance des salariés dans leurs directions n'est pas logée à meilleure enseigne. Dans les entreprises de plus de 1000 personnes, seuls 50 % des salariés ont confiance dans l'équipe dirigeante. Un chiffre qui ne descend qu'à 47 % chez les managers des structures de plus de 1000 salariés, contre 24% dans les structures de moins de 1000.

Entre 2007 et 2014, la confiance des salariés dans les dirigeants a chuté de 2,2 points chez les 30-39 ans, de 8,7 points chez les 40-49 ans, et de 0,1 point chez les 50 ans et plus. Pour retrouver une meilleure situation, il faut se tourner vers les moins de 30 ans, dont la confiance a grimpé de 8 points. Pourquoi ? Selon les auteurs de l'étude, parce que cette génération serait plus enthousiaste et confiante dans l’entreprise. Mais ils précisent aussi qu'elle serait néanmoins critique...

En fait, pour trouver de meilleurs chiffres, il suffit d'interroger les Français qui travaillent dans des entreprises étrangères, indique l'enquête, qui pointe en creux le modèle managérial des entreprises « franco-françaises ». « Loin d’être uniquement un biais culturel, les réponses critiques des salariés français sont aussi le produit des faiblesses du modèle managérial français », écrivent ainsi les auteurs de l'étude.

Au contraire, les cultures managériales différentes des employeurs étrangers (principalement américains et allemands dans l'échantillon) se traduiraient par une bien meilleure responsabilisation (« empowerment ») et une meilleure communication autant interne que managériale.

Un modèle managérial qu'il faut avoir le courage de changer

Il y a pourtant aussi de bonnes nouvelles qui émergent parmi les résultats de cette enquête. L'une d'elle est la perception des outils numériques par les salariés. Ils sont ainsi 87 % à considérer qu'ils ont un impact positif sur la performance de leur entreprise et 83 % pour les salariés eux-mêmes.

Las, il n'en va pas de même du côté des cadres dirigeants. Seuls 21 % voient en eux un facteur très positif pour la performance de leur organisation. Le décalage avec leurs homologues des autres pays est impressionnant : ils sont ainsi 69,2 % au Brésil à juger le numérique comme un facteur clé d’évolution, d’adaptation et de compétitivité de leur entreprise, 58 % aux Etats-Unis, 56,6 % en Grande-Bretagne, 55,5 % en Allemagne, 49,8 % en Chine, 43,2 % en Espagne.

Si le monde numérique ouvre un éventail large de possibles pour créer de nouvelles sources de valeur, de nouvelles coopérations, modalités d’implication et co-production avec les salariés, clients ou fournisseurs, encore faut-il avoir la volonté de s'y engager, avec ce que cela suppose de changements managériaux.

Car c'est là encore que le bât blesse, selon l'enquête de Capgemini. « Ce sont les pratiques mêmes de nombre d’équipes dirigeantes françaises qui nous semblent aujourd’hui en question, explique ainsi ses auteurs. La fragilité et le désengagement de nos lignes managériales n’est pas le fruit du hasard, de la fatalité, ou uniquement d’une forme "d’état d’esprit" français. Il est aussi et peut-être d’abord le produit de notre culture managériale, impulsée au plus haut niveau. Produit de la distance managériale, du respect hiérarchique, de la conformité… »

Les dirigeants français sont-ils capables de cette remise en question ? Rien n'est moins sûr, si l'on en croit les résultats de cette enquête, pour qui le conservatisme semble encore plus marqué dans le haut des pyramides organisationnelles que dans le bas.

Et si la perception positive des outils numériques côté salariés peut être lue comme une « forme d'espoir », « l'attente  d’une promesse positive d’évolution d’un monde du travail français qui en a grand besoin », comme invite à le faire l'enquête, il va falloir sans conteste que les équipes dirigeantes, elles, pour engager leur entreprise sur la voie de la transformation numérique, se retroussent sérieusement les manches afin de surmonter leur propre résistance au changement.

Pour en savoir plus : Le management français à l'épreuve de la bascule numérique

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