Le 2.0, ou la tyrannie de l'écrit

C'est la nouvelle tendance chez certains chercheurs, dénoncer le primat de l'écrit imposé aux salariés par les démarches et technologies 2.0, et notamment l'exigence de structuration de la pensée qu'elles impliquent.

Evidente au premier abord, la critique l'est pourtant beaucoup moins lorsque l'on observe la réalité des entreprises où des démarches 2.0 sont justement mises en œuvre.

Le succès rencontré par le conversationnel, que ce soit au sein de forums ou d'un réseau social d'entreprise, montre d'abord une orientation spontanée vers une forme d'écrit qui ne nécessite pas d'avoir structuré sa pensée. Bien qu'une conversation puisse comporter des interventions plus ou moins construites, on pourrait même dire qu'elle présuppose au contraire de ne surtout pas avoir structuré sa pensée, et que vouloir le faire peut parfois constituer un frein à la participation. C'est en effet au fil des interactions, du dialogue, que s'opère la structuration.

En second lieu, se focaliser sur l'écrit c'est faire abstraction des mécanismes de recommandation, de vote, ou encore de partage de liens, autrement dit d'une part importante de vecteurs de participation et d'échange caractéristiques du 2.0. Mais c'est aussi écarter du champ d'investigation l'usage qui est fait de médias comme la photo ou la video dans une optique de partage de bonnes pratiques ou de transmission de connaissances, par exemple.

Enfin, même lorsqu'une démarche 2.0 nécessite de structurer sa pensée en vue d'une formalisation écrite, cela ne signifie pas que le salarié se retrouve seul face à lui-même et à sa page blanche. De l'entraide informelle aux dispositifs collectifs de rédaction, de nombreux exemples montrent que la formalisation passe par différentes formes d'interactions, ce qui est bien le moins pour des démarches qui se veulent collaboratives.

La problématique de l'écrit dans le 2.0 est sans aucun doute un beau sujet de recherche. Mais elle mérite mieux qu'une posture idéologique et abstraite.

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