Le blues de l'entreprise 2.0

La charge est violente. Dans son dernier billet consacré aux réseaux sociaux d'entreprise, Louis Naugès, président du cabinet Revevol, dresse un constat d'échec, qu'il qualifie d'universel.

Se référant à la fameuse loi de Metcalfe, il considère que seules les plate-formes grand public sont à même de faire décoller les usages sociaux en entreprise, car susceptibles d'atteindre la fameuse masse critique d'utilisateurs, impossible à atteindre avec une solution pensée pour l'interne, y compris dans un grand compte.

Il préconise par conséquent d'oublier les logiciels estampillés réseaux sociaux d'entreprise, dont la « valeur d'usage est proche du zéro absolu », écrit-il, et d'opter plutôt pour LinkedIn ou Google+.

Des entreprises masochistes ?

Nombre d'entreprises disposent pourtant de suffisamment de recul pour mettre en avant des premiers bénéfices tangibles, qu'il s'agisse de favoriser l'innovation, de mobiliser des expertises, de fluidifier la circulation des informations, d'optimiser un processus métier... Sinon comment expliquer leur entêtement  ?

Pourquoi le réseau Lio.Plaza de la Lyonnaise des Eaux a-t-il été été étendu à tout Suez Environnement  ? Pourquoi Devoteam cherche-t-il à inviter ses clients et partenaires sur sa plate-forme sociale ? Pourquoi la plate-forme de Social KM de Lafarge a-t-elle été vu son domaine d'application élargi  ?

En outre, si la réussite d'un réseau social en entreprise se réduisait au choix du bon outil, tout serait simple. La direction innovation et recherche de la SNCF fournit justement un beau contre-exemple. Elle a rebondi sans changer de solution technique, même si cette dernière a dû être repensée pour répondre aux usages ciblés.

Le billet de Louis Naugès a néanmoins le mérite d'appuyer là où ça fait mal. Les entreprises peinent  à généraliser les pratiques sociales et collaboratives au-delà d'un premier cercle d'utilisateurs convaincus ou qui y trouvent leur compte.

Une récente étude de Deloitte, commanditée par Google, révèle que 11% des salariés français ont recours aux logiciels sociaux pour collaborer. Comme toujours avec ces grandes enquêtes, il conviendrait de rentrer dans le détail des usages et des bénéfices avant d'en tirer des conclusions. Le chiffre me paraît néanmoins encourageant : plus d'un utilisateur sur dix s'adonnerait à la collaboration sociale.

Contexte et cadre de travail à repenser

Il n'empêche que les grandes promesses de l'entreprise 2.0 ne sont pas encore au rendez-vous. L'année dernière, le mot d'ordre était patience, cela va venir. Cette année semble poindre un sentiment de désabusement.

Dans une tribune publiée en juillet dernier dans nos colonnes, Anthony Poncier, de Publicis Consultants, livrait un constat amère sur l'entreprise 2.0. Il ne voyait pas d'issue positive à moins de modifier les règles du jeu entre l'organisation et les collaborateurs en reconsidérant le cadre de travail quotidien.

Cette semaine, Bertrand Duperrin enchaîne dans un billet publié sur son blog. Il  appelle les entreprises à créer le contexte permettant de travailler autrement. Bien souvent, le manque de sens pour les collaborateurs rend vaines les démarches d'adoption des nouveaux outils mis à leur disposition. Vaste programme qui va bien au-delà du choix de l'outil.

On attend avec impatience la prochaine édition d'Enterprise 2.0 Summit, du 10 au 12 février prochain à Paris, pour écouter les experts débattre et se nourrir de témoignages d'entreprises qui ont réussi ou du mois ont avancé sur le chemin de la transformation.

Promo Newsletter