Le mode de travail hybride sous influence technologique

De la technologie en veux-tu, en voilà. Avec la crise sanitaire et la montée en puissance corollaire du travail en mode hybride, le marché de la collaboration connaît une effervescence inédite.

D'abord, jamais on n'a vu autant d'acteurs engagés sur ce terrain. Tout le monde veut en être, à commencer par la simple solution de téléphonie sur IP, qui vantera ses bénéfices pour le travail hybride, par exemple grâce à ses capacités de connexion aux applications de l'entreprise.

Plus significatif de la tendance, même s'il ne s'agit encore que d'un signal faible, des spécialistes de l'affichage numérique dynamique (Digital Signage) sont désormais aussi de la partie, avec l'ambition de devenir le cœur de l'environnement numérique de travail.

Leur point commun : à côté de leurs fonctions pour communiquer dans toute l'entreprise par écrans interposés, ils proposent des outils de gestion du lieu de travail (réservation de salles, gestion des visiteurs, etc.), une dimension qui devient plus cruciale dans un contexte de travail hybride.

Dans cette catégorie, l'on trouve les Américains Appspace et FWI ou le Néerlandais NDS. La plate-forme du premier, par exemple, se connecte à de nombreux outils collaboratifs et son récent rachat de Beezy, évoqué dans un précédent édito, va renforcer ses capacités de connexion à Microsoft 365 et à offrir une fonction d'intranet.

Son compatriote FWI a, lui, fusionné en mars dernier avec l'Irlandais Poppulo, dont la plate-forme offre des fonctions d'e-mail et d'intranet, tout en sachant également se connecter à Microsoft 365, Google Workspace ou, encore, Slack.

Au rang des nouveaux acteurs, il faut aussi compter les applications justement spécialisées dans la gestion de l'espace de travail, avec leurs fonctions de réservation de bureau et salle, ou encore d'agenda collaboratif pour planifier sa présence au bureau, savoir quand viennent ses collègues.

Outil de visioconférence, gestion de tâche ou de projet, messagerie d'équipe, réseau social d'entreprise, Digital Workplace… Du côté des solutions déjà installées sur le marché de la collaboration, l'effervescence s'illustre sur le terrain fonctionnel, qui s'enrichit pour répondre aux nouveaux enjeux.

Ici on muscle ses capacités de messagerie instantanée ou de visioconférence, là celles de co-édition en ligne. Ailleurs, on se dote d'un outil de gestion de tâches, ou encore d'une brique intranet. Et ainsi de suite.

Effets pervers

Dans cette offre foisonnante, les organisations et leur DSI sont tranquilles. Elles sont assurées de trouver une solution au moindre impératif ou irritant lié au mode de travail hybride.

Une solution, ou un nouveau problème. Car il faut bien l'avouer, si elles se démênent pour s'outiller face au nouveau contexte, les organisations n'ont pas vraiment ouvert le chantier pour repenser leurs pratiques de travail. Résultat : le moinde petit enrichissement fonctionnel peut se transformer en effet pervers.

Ainsi, l'on savait déjà, grâce aux analyses du cabinet Lecko, que les agendas partagés avaient si bien facilité l'organisation des réunions que le nombre de ces dernières s'était accru. Avec le travail à distance, le phénomène redouble de vigueur, forçant les salariés à jongler avec les réunions.

Heureusement, désormais, quand on doit échapper à une visioconférence, rien de plus simple. On demande à un collègue de l'enregistrer pour la regarder plus tard. Le soir, par exemple...

« On multiplie les technologies, mais elles ne résolvent en rien les problèmes de saturation d'information, de cloisonnement, de manque de temps pour participer aux réunions. Elles les aggravent, constate Arnaud Rayrole, le dirigeant de Lecko. Acheter de la technologie est plus simple qu'enclencher un questionnement sur les modes de fonctionnement », souligne-t-il.

De fait, si visionner une réunion nous suffit, c'est peut-être que notre présence à cette dernière n'était pas vraiment nécessaire. Pas plus, d'ailleurs, que d'étendre notre journée de travail pour la visionner, si sa vocation était, par exemple, simplement d'apporter de l'information.

Après deux ans de crise, où elles ont paré à l'urgence en s'équipant à tout-va, les organisations profiteront-elles de l'année 2022 pour ouvrir ce chantier de leurs modes de travail ?

Plusieurs études montrent qu'elles sont une proportion importante à avoir mis dans la liste de leurs bonnes résolutions prioritaires l'acculturation de leurs managers au mode de travail hybride. Souhaitons-leur d'en profiter pour passer dans le même élan aux travaux pratiques.

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