Le réseau social a tout à gagner à se rapprocher du mail

Il est de bon ton de tirer à boulets rouges sur le mail, régulièrement taxé d'archaïsme et accusé de freiner l'essor du réseau social en entreprise. Mais il y a au moins un acteur de poids en France qui croit à une coexistence harmonieuse et même fructueuse des deux outils. Un acteur qui est même prêt à financer des travaux de recherche et développement pour rapprocher messagerie et réseau social d'entreprise (RSE). Cet acteur, c'est l'Etat.

Parmi les 9 élus de l'appel à projets « Outils web innovants pour l'entreprise », dévoilés fin juillet par le ministère de l'Industrie, de l'Energie et de l'Economie numérique, figure le projet Mail2RSE. Il est mené par un consortium réunissant Jamespot, éditeur d'un RSE, Kwaga, éditeur d'assistants de messagerie basés sur la sémantique, et NTIC en Stock, un intégrateur spécialiste des Google Apps qui fera figure de bêta-testeur.

Un mariage de raison 

Le mail risque de mettre au moins autant de temps à déserter l'entreprise qu'il en a mis à s'y imposer, c'est-à-dire une bonne dizaine d'années au bas mot. Si tant est qu'il disparaisse complètement un jour.

En attendant, il est aujourd'hui l'outil à tout faire de nombreux employés, dont l'activité collaborative n'est que secondaire. En cela, ils se situent bien loin des préoccupations des Knowledge ou Information Workers. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les réseaux sociaux sont déployés en priorité dans le secteur des NTIC, contrairement à l'adage qui veut que les cordonniers soient les plus mal chaussés. 

Fort de ce constat, plutôt que d'opposer ces deux familles d'outils, Jamespot et Kwaga cherchent à les marier intelligemment. En clair, cela signifie communiquer dans un RSE depuis sa messagerie et enrichir un RSE grâce au réseau latent en usage dans la communication par e-mail. Un projet ambitieux qui doit être mené en un an. « Les premières retombées des travaux interviendront au bout de 6 à 9 mois », précise Philippe Laval, PDG de Kwaga.

Nourrir le réseau social depuis sa boîte aux lettres

L'un des premiers axes consiste à favoriser la publication dans le réseau social depuis la messagerie, à l'instar de ce que propose déjà Calinda Software dans Sharepoint (voir à ce sujet le retour d'expérience consacré à ABC Network). La solution de la start-up française est toutefois circonscrite à la plate-forme de Microsoft, alors que le projet Mail2RSE a vocation à s'ouvrir à de multiples plates-formes en s'appuyant sur des standards, quitte à les enrichir. 

Cette opération de publication prendra différentes formes au fur et à mesure de l'avancement du projet : dans un premier temps, l'enjeu consistera à mettre en place la mécanique pour permettre à un utilisateur de publier l'information qu'il a sélectionnée (message, document, tâche, événement). Le consortium voit plus loin et prévoit de transférer des conversations entières et de détecter automatiquement les éléments à transférer, voire de permettre à l'utilisateur de rebondir sur les notifications envoyées par le RSE pour interagir. 

Enrichir le graphe social grâce aux échanges par mail

L'autre grand chantier ouvert par Mail2RSE consiste à tirer profit des échanges par courriers électroniques pour suggérer des mises en relation dans le réseau social. Des RSE, comme Connections d'IBM, embarquent déjà des moteurs de recommandation. Ils présentent toutefois l'inconvénient de ne scruter que l'activité au sein du seul réseau social. 

N'en déplaise à certains, le réseau social pourraient générer de nouveaux mails d'alerte, sur des tâches à effectuer par exemple, en analysant le contenu des échanges entre les membres de groupes de travail. 

Les perspectives sont, on le voit, multiples. Elles devront être confrontées aux usages réels pour identifier les plus pertinentes. A ce moment là, l'Etat, après avoir endossé la casquette d'investisseur, jouera-t-il le jeu jusqu'au bout pour devenir utilisateur de ces solutions ?  

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