Le réseau social englué dans le monde de la donnée

Ce fut une semaine historique pour les réseaux sociaux, Mark Zuckerberg témoignait devant le Sénat et la Chambre des représentants aux Etats-Unis. L'audition du patron de Facebook a ainsi été largement relayée et analysée par les médias.

Le cœur de l'affaire, c'est bien sûr la donnée. Celle des membres du réseau social, mais aussi celle des non-utilisateurs, puisque Zuckerberg a reconnu que les données d'internautes ne disposant pas de compte Facebook étaient collectées. « En général, […] pour des raisons de sécurité », a-t-il précisé.

Quand on essaye de prendre un peu de hauteur par rapport à l'événement, il y a quand même de quoi être rapidement saisi de vertiges. Comment une histoire, qui a commencé avec la belle promesse de relier les gens entre eux et de faciliter leurs interactions, peut-elle bien, treize ans plus tard, ne plus faire la une de l'actualité que pour de sombres histoires d'exploitation des moindres faits et gestes des utilisateurs ?

C'est la faute à la publicité, pourrait nous répondre le patron de Facebook. C'est d'ailleurs ce qu'il a répondu à un sénateur qui l'interrogeait sur la possibilité offerte aux utilisateurs que leurs données personnelles ne soient pas utilisées à des fins commerciales.

« Si vous voulez une expérience sans publicités ciblées, vous pouvez désactiver cette option. Mais les gens n'aiment pas les publicités qui ne sont pas pertinentes, ils préfèrent les publicités pertinentes. Sans publicité, nous aurions besoin d'un autre modèle économique », expliquait Mark Zuckerberg.

Je laisserai aux spécialistes du domaine le soin de porter leur propre appréciation sur la pertinence de l'argument, mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne ménage pas vraiment de porte de sortie…

Un simple flux pour nourrir un chatbot

En attendant, la dernière édition des salons e-Marketing et Stratégie clients, qui se déroulaient à Paris cette semaine également, témoignaient à leur manière du règne presque sans partage de la problématique de la donnée.

Là où l'on croisait jadis des bataillons de community managers et des marques nous racontant de belles histoires d'interaction avec leurs clients, ne subsistent plus que des spécialistes du traitement automatique du langage, des fabricants de chatbots et des outils analytiques tous plus intelligents les uns que les autres.

Au mieux, le réseau social est devenu une simple caisse de résonance pour le message des marques, grâce au pouvoir des influenceurs ou de salariés ambassadeurs, au pire, il n'est plus qu'un simple flux parmi d'autres qui va atterrir dans les bras d'un chatbot.

Heureusement, les socionautes vivent sur une autre planète et continuent d'interagir entre eux tranquillement sans se soucier des péripéties du monde des affaires. D'ailleurs, Mark Zuckerberg pouvait faire valoir que, malgré les déboires connus par son entreprise, les utilisateurs ne quittaient pas le navire en masse.

Côté annonceurs et fournisseurs de technologie, l'ambiance semble en revanche moins sereine. A tel point que certains éditeurs en profitent même pour commencer à expliquer aux marques comment survivre sans Facebook, mais aussi sans Messenger et Instagram...

Mais ils sont encore minoritaires ceux qui se demandent si la voie de la donnée empruntée massivement pour les réseaux sociaux est finalement la bonne, modèle publicitaire ou pas.

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