Le Social Business, des bénéfices oui, mais sans rien changer ?

Le réseau social d'entreprise (RSE) continue de susciter des réticences. Et le plus étonnant, c'est que ces dernières sont dans une très grande majorité de cas le résultat d'une méconnaissance, de doutes ne reposant pas sur grand-chose de concret.

Je suis ainsi souvent surpris que, même chez des personnes pourtant activement engagées dans le collaboratif, le RSE puisse être assimilé à un outil centré sur la cohésion sociale. Ou, pour le dire plus directement, non centré sur le business.

Lorsque je regarde tous les articles retours d'expérience de projets de RSE publiés ces deux dernières années sur Collaboratif-info, je n'en vois pourtant pas un seul dont la vocation ne soit pas business.

Certes, dans nombre d'entre eux, la dimension cohésion sociale n'est pas absente. Que ce soit de manière volontaire, par exemple lorsque le RSE est un espace d'échange entre la DRH et les collaborateurs sur des questions touchant à la vie de l'entreprise. Ou de manière involontaire, quand un débat y naît sur la stratégie et impose à la direction de s'expliquer.

Mais indépendamment du fait que l'on pourrait considérer la dimension cohésion sociale comme corrélée à l'efficacité business, sujet sans doute un peu trop métaphysique pour certains et que je laisserai de côté ici, il n'en demeure pas moins que c'est bien les problématiques business qui sont au cœur des projets de RSE.

Toujours est-il que, face aux doutes suscités par ces outils, est apparu un discours dont l'objectif est de convaincre les entreprises qu'un bon RSE est un RSE fortement centré sur les processus métier. En clair, inutile de vous disperser et de tout révolutionner, mettez-le au service du travail quotidien et, vous verrez, c'est un outil merveilleux.

Cap sur les processus métier

Pour rendre justice aux évangélisateurs tenants de ce discours, la relation RSE/processus métier n'est cependant pas qu'un argumentaire de vente ou un positionnement méthodologique visant à rassurer tout en promettant une conversion du relationnel et du conversationnel en « monnaie » sonnante et trébuchante. Il y a là un véritable et bel enjeu, tant métier que technologique, pour tirer parti de la dimension sociale jusqu'au sein des processus les plus formalisés.

Illustration de cette tendance, la présentation par SAP de son Projet Robus lors de la Conférence Entreprise 2.0 qui se tenait la semaine dernière à Boston. Alors qu'en mai Jives annonçait réinventer le Social Business en proposant de nouvelles fonctions permettant d'intégrer facilement du social dans les applications métier (voir notre article), c'est tout aussi modestement que SAP, par la voix de Sameer Patel, son Global Vice President et GM, Enterprise Social and Collaborative Software, prétend aujourd'hui « remettre le business au cœur du Social Business », comme s'il en était sorti un jour... (voir le billet de Sameer Patel).

On comprend que SAP, positionné sur les processus structurés, veuille proposer avec son Projet Robus de combiner les workflow avec les collaborateurs, les données, les contenus et les process, comme l'explique Sameer Patel dans une interview à notre confrère CMSwire.

On comprend également que, à la manière d'un Microsoft rachetant Yammer face à l'invasion que connaissent ses solutions de la part des acteurs des RSE qui veulent tous s'y intégrer, SAP prenne le taureau par les cornes et annonce à ses utilisateurs qu'ils n'ont pas besoin d'aller voir ailleurs pour socialiser leurs process.

En revanche, lorsque Sameer Patel déclare que « la valeur de la collaboration sociale c'est sa capacité à accélérer la performance des collaborateurs sans changer le comportement de ces derniers », de « se conformer à la manière de travailler plutôt que de la changer », franchement, je demande à voir.

Car s'il y a deux choses que je retiens des projets de RSE que nous avons présentés sur Collaboratif-info, c'est bien qu'ils apportent des bénéfices métier, mais que ceux-ci présupposent toujours un minimum de changement.

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