Les RH prêtes pour l'intelligence artificielle ?

Automatiser les processus de ressources humaines grâce à l'intelligence artificielle. Des six grandes tendances qui devraient dynamiser la numérisation de la fonction RH d'ici à 2020, selon le cabinet Markess, c'est celle qui arrive en tête. Pour 70 % des décideurs RH interrogés, l'automatisation est le principal enjeu à relever.

« La DRH ne peut désormais occulter l'importance du digital dans sa propre transformation. Plus encore, elle devient indéniablement un acteur incontournable de la transformation que vit l’entreprise avec le digital, en particulier dans sa relation avec les collaborateurs », écrivent notamment les analystes du cabinet.

Mais toutes les études ne présentent pas un profil aussi optimiste. Lors du salon Solutions RH, qui se tenait cette semaine à Paris, le cabinet Schole Marketing rendait ainsi compte d'une enquête réalisée auprès de 400 entreprises de 200 salariés et plus.

Si cette étude confirme l'intérêt des DRH pour l'automatisation, elle dresse à l'inverse un constat plutôt sévère sur l'état de la numérisation de la fonction RH, au-delà de la disparité normale d'équipement entre PME et grandes entreprises.

Sur la question du recrutement, il ressort ainsi que 97 % des entreprises le traitent en interne (hors recherche de profils spécifiques), mais que les 2/3 le font sans s'appuyer sur une solution numérique destinée à cet usage.

Pour le tiers restant, les solutions utilisées servent essentiellement à du traitement de candidature (pour 88%), de la conduite de processus de recrutement (72%), de la mutlidiffusion d'offres d'emploi (67%). Seules 39 % déclarent être équipées pour faire de la cartographie de compétences et 32 % du matching.

« Les services RH sont encore très insuffisamment numérisés, soulignait Nicolas Amestoy, le président de Schole Marketing. Le plus souvent, l'on continue à faire des piles de CV et à les traiter à la main. »

Qui code ?

Cela dit, on comprend peut-être mieux pourquoi les DRH se disent intéressés majoritairement par l'automatisation. Parmi les 2/3 des entreprises réalisant leurs recrutements « à la main » (en réalité, le plus souvent avec l'aide d'Excel), elles sont même 54 % à se dire également intéressées par cette dimension. Reste à transformer l'intérêt en acte, pour dessiner la numérisation de la fonction RH qui nous est annoncée par Markess.

La volonté des RH est cependant loin d'être le seul paramètre, quand bien même les fournisseurs annoncent à cor et à cri que leurs technologies sont prêtes, qu'il ne reste plus aux entreprises qu'à les exploiter.

« Aujourd'hui, l'innovation numérique en ressources humaines c'est le Far West, il n'y aucune règle, alertait ainsi Jérémy Lamri, le co-fondateur de l'association de start up le Lab RH. En France, on compte plus de 600 start up spécialisées dans les RH, mais 85 % sont des entrepreneurs qui n'ont jamais fait de ressources humaines de leur vie. Et ce sont eux qui codent les algorithmes des solutions que les DRH achètent. Or, un bon algorithme, c'est celui qui reproduit les meilleures pratiques d'un métier, pas les croyances de ceux ne l'ayant jamais pratiqué. »

En matière d'automatisation, Jérémy Lamri déconseillait même aux ressources humaines de se lancer dans le Machine Learning, sauf en mode laboratoire. « C'est aujourd'hui une erreur d'exploiter le Machine Learning en ressources humaines, défendait-il. Le Machine Learning se base sur les données du passé pour projeter l'avenir. Cela présuppose que le passé est exemplaire, ce qui n'est pas le cas en ressources humaines. ».

Enfin, Jérémy Lamri rappelait qu'il fallait, par exemple pour que la machine reconnaisse un chat avec plus de 85 % de certitudes, lui montrer 10 000 photos de chats. « Un enfant de trois ans, vous lui montrez deux photos de chat, il le sait pour toute sa vie, soulignait-il. Quand une machine est 5 000 fois moins performante qu'un enfant de trois ans, mieux vaut éviter de lui confier les processus qui gèrent le capital humain », concluait-il. A bon entendeur...

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