L'innovation collaborative, une simple bulle d'oxygène ?

La diversification des dispositifs d'innovation collaborative poursuit son chemin au sein des organisations. De plus en plus, à côté ou en complément du désormais traditionnel système de management des idées 2.0, l'on organise des séances de créativité, des hackathons, l'on met en place des lieux d'incubation pour intrapreneurs, des garages, des Fablabs.

A travers ces différents dispositifs, l'enjeu est de casser les silos de l'organisation, de redonner du pouvoir et de l'autonomie aux collaborateurs, de miser sur l'intelligence collective, y compris en s'ouvrant sur l'extérieur.

C'est en tout cas la vision positive du phénomène, celle qui nous est couramment vendue par des entreprises rompues à l'exercice de communication et bien outillées pour nous raconter de belles histoires.

Car il est aussi possible d'avoir une vision différente que ce bon côté des choses. Lors d'un récent débat organisé par l'émission Du grain à moudre de France Culture, sur le thème « Le numérique nous rend-il socialement irresponsable » (à regarder ici), Sophie Binet faisait ainsi entendre un autre son de cloche.

« Pourquoi, quand une entreprise veut que des personnes innovent, est-elle obligée de les sortir de l’entreprise et de les mettre dans un garage pour se la jouer Silicon Valley ? interrogeait la secrétaire générale adjointe de l'Ugict-CGT et membre de la direction confédérale de la CGT. Parce que de plus en plus les pratiques de travail sont normalisées, avec un management par les coûts qui impose du reporting et vide le travail de son sens, ne permettant plus aux salariés, en particulier aux ingénieurs, cadres et techniciens, d’exercer leur rôle contributif, d’avoir une part de créativité, d’innovation, d’autonomie dans le travail. »

Un levier de transformation sous condition

Une vision trop noire ? Peut-être pas. Dans un sondage réalisé en fin d'année dernière par l'association Innov'Acteurs, l'on apprenait ainsi que 60 % des salariés ont le sentiment d'être plus créatifs en dehors de leur temps de travail, parce qu'ils sont alors libérés de toute pression (voir notre article).

Interrogée sur les initiatives menées dans la fonction publique, notamment autour des start up d’Etat et à propos de la nécessité d'impliquer les fonctionnaires dans des démarches d'innovation, Sophie Binet enfonçait le clou.

« Le management dans la fonction publique, c’est encore pire que dans le privé, lançait-elle. Non seulement l'on importe les méthodes du privé de management par les coûts, indépendamment du sens du travail, mais cela se surajoute aux logiques bureaucratiques existant dans trop d’endroits. Mais comment l'on permet aux fonctionnaires de se réapproprier leur travail et d’avoir un rôle contributif qui permette d’innover est un vrai sujet », concluait-elle.

Sans succomber au chant des sirènes diffusées par les entreprises, il est pourtant possible de considérer les démarches d'innovation collaborative comme autre chose qu'une simple bulle d'oxygène dans un système régi par un management par les coûts.

A cet égard, les expériences menées à travers des dispositifs comme le Lab Pôle Emploi, auquel nous consacrons un article cette semaine, montrent aussi combien ceux-ci peuvent agir comme un levier de transformation des manières de travailler.

Mais la syndicaliste a sans doute raison. Sans une réelle volonté de mettre en place un management alternatif qui redonne aux salariés la capacité de créativité, d’innovation et de contribution dans l’entreprise, les dispositifs d'innovation collaborative s'exposent à n'être que des pis aller. Au grand désespoir de leurs intiateurs sincères et engagés.

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