L'urbaniste, le jardinier et l'architecte

L'appel d'Arnaud Rayrole sera-t-il entendu ? Lors de la matinée « Comment éviter le chaos 2.0 » organisée par 01Business, le dirigeant du cabinet Lecko a invité les entreprises à élever la voix  pour faire entendre leurs exigences en termes d'interopérabilité logicielle, en particulier pour les solutions Cloud. L'essor des pratiques sociales est à ce prix. 

Si on fait un parallèle avec la messagerie instantanée, celle-ci a vraiment décollé à partir du moment où elle s'est liée avec les agendas, permettant ainsi de renseigner automatiquement son statut (disponible, occupé...). 

Cedric Parent, directeur marketing communications unifiées et collaboration chez Orange Business Services estime d'ailleurs que le rapprochement entre les outils sociaux et les logiciels de communications unifiées commence à s'opérer. 

C'est surtout le cas pour quelques grands éditeurs, comme Microsoft, IBM ou Cisco (au fait, que devient Webex Social ?), et encore essentiellement au sein de leurs univers respectifs. Mais que dire de l'intégration avec la messagerie ? Tous les réseaux sociaux d'entreprise ne disposent pas d'une passerelle pour poster une contribution et y répondre depuis sa boîte aux lettres. 

Des projets douloureux

Quant aux connexions avec les autres briques du système d'information, il reste beaucoup à faire. « Les projets d'articulation entre les briques sociales et métier sont souvent douloureux », témoigne Arnaud Rayrole.

Les raisons sont multiples. Techniques tout d'abord. Les entreprises qui ont les moyens prennent à leur charge l'intégration. Lyonnaise des Eaux a ainsi financé le développement d'une interface de programmation (API) pour exposer des services du réseau social blueKiwi dans le portail Liferay.

De manière générale, les API, quand elles existent, restent grandement perfectibles (voir le tome 5 de l'étude annuelle de Lecko sur les réseaux sociaux) et les éditeurs de réseaux sociaux cherchent davantage à consommer du contenu issu d'autres applications qu'à partager celui que stocke leurs plates-formes. 

Le manque de standards largement adoptés n'arrange rien, de même que la difficulté à trouver des compétences chez les partenaires techniques. On comprend pourquoi il est si difficile de faire se causer les briques sociales avec les applications métier, et ne parlons pas entre elles.  

Dès lors, il se reproduit ce que quelques-uns annonçaient tout en le redoutant : une multiplication des espaces sociaux qui évoluent en vase clos, à l'image de ce qui s'était passé dans les années 90 avec les intranets.

L'urbaniste propose, la nature humaine dispose 

La responsabilité de ce foisonnement ou chaos n'incombe toutefois pas seulement aux éditeurs et aux intégrateurs. C'est aussi une affaire de vision et de gouvernance. Il est sûr qu'un grand réseau social d'entreprise aux seules mains de la communication favorisera l'émergence d'initiatives métiers déconnectées. 

Frédéric Charles, en charge de la stratégie IT et de la gouvernance chez Lyonnaise des Eaux, préconise la création d'une instance transverse afin ne pas laisser les outils collaboratifs orphelins. Il imaginait que cette famille de logiciels jouerait plut tôt un rôle prédominant dans la réorganisation du système d'information. 

Cela commence à arriver et c'est là que l'urbaniste a son mot à dire. Frédéric Charles le voit davantage comme un jardinier qu'un architecte. Il trace des allées, délimite des espaces et fait ses plantations. Après, la nature dispose. Les plus belles réussites collaboratives sont bien difficiles à anticiper. 

Les entreprises sont donc prises entre deux feux : d'un côté, penser schéma directeur et gouvernance et, de l'autre, ne pas inhiber les initiatives venues des métiers ou même d'individus. L'exercice n'est pas simple et nécessite d'être capable de construire des passerelles. 

 

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