Microsoft attaqué sur OneDrive et Teams

Les vents contraires s'accumulent autour de Microsoft et de son offre de collaboration. Après les prises de position au niveau de l’Etat français sur la non-conformité de Microsoft 365 à la doctrine Cloud au centre (voir notre article), c'est sur la stratégie commerciale de l'éditeur et au niveau de l'Europe que se porte désormais le débat.

En début d'année, l'éditeur allemand de stockage de fichiers en ligne NextCloud avait déposé une plainte contre Microsoft auprès de la direction générale de la concurrence de la Commission européenne. Le motif : l'Américain abuse de sa position dominante sur le marché en préinstallant son service OneDrive avec son système d'exploitation Windows.

Ce lundi, la tension est montée d'un cran, avec la création, autour de NextCloud, d'une coalition pour des « règles du jeu équitables ». Elle regroupe une trentaine d'acteurs technologiques européens, parmi lesquels les Français Abilian, Aqua Ray, Ecorp, Jamespot, Linagora, Netframe, Rapid.Space, Talkspirit, Wimi et XWiki.

« Dans une répétition de ses actions monopolistiques antérieures, Microsoft associe OneDrive, Teams et d’autres services à Windows et pousse agressivement les consommateurs à y souscrire et à confier leurs données à Microsoft. Cela limite le choix des consommateurs et crée une barrière à l'entrée pour les autres entreprises offrant des services concurrents », explique la coalition dans un communiqué.

En conséquence, celle-ci demande à la Commission européenne d'interdire à Microsoft sa pratique commerciale en termes d'offre groupée ou services pré-installés. Et elle réclame la mise en place de standards ouverts et d'une interopérabilité pour faciliter la migration des données d'un fournisseur à un autre.

Plaintes en série

La plainte de NextCloud n'est pas la seule sur la table concernant Microsoft. En octobre dernier, la Commission européenne a donné suite à celle déposée par Slack un an plus tôt, concernant l'intégration de Teams à la suite Office.

Avant de décider d'ouvrir une enquête, les régulateurs antitrust de l'Union européenne viennent d'envoyer un questionnaire aux concurrents de Microsoft, pour évaluer notamment dans quelle mesure les offres groupées sont de nature à fausser la concurrence. Selon Reuters, les rivaux de l'éditeur sont invités à fournir, entre autres, une liste de leurs clients étant passés à Teams ou à son offre groupée Office, ainsi que les revenus perdus en conséquence.

De son côté, la coalition ne vise pas que Microsoft. Elle pointe aussi du doigt Google et Amazon, pour leurs pratiques similaires, notant que ces grands acteurs ont vu leur part de marché en Europe grimper à 66 % notamment grâce à elles, quand celle des fournisseurs locaux passait de 26 % à 16 %.

« En privilégiant fortement leurs propres produits et services ou en bloquant purement et simplement d'autres fournisseurs, ils tirent parti de leur position dominante pour étendre leur main-mise sur toujours plus de marchés », critique la coalition, relevant que les fournisseurs locaux ne peuvent rivaliser par leur mérite. « La clé du succès n’est pas d’avoir un bon produit, mais la capacité à fausser la concurrence et à bloquer l’accès au marché », argumente-t-elle.

Concernant Microsoft, la coalition signale qu'une autre plainte a été déposée, cette fois auprès de l'Autorité de la concurrence allemande. Une réflexion est en cours avec les membres français pour reproduire la démarche dans l'Hexagone.

En 2004, la Commission européenne avait condamné la firme de Redmond pour abus de position dominante, lui infligeant une amende de 560 M€ pour avoir imposé son logiciel Windows Media Player. Quatre ans plus tard, une nouvelle amende, de 860 M€, venait sanctionner une mise en œuvre tardive des mesures exigées lors de la condamnation précédente.

En 2013, l'éditeur était à nouveau condamné par l'Europe, à 560 M€ d'amende, pour avoir favorisé son navigateur internet dans Windows, au détriment des solutions concurrentes.

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