Outil contre management, le faux débat du collaboratif

Le collaboratif n'est pas une question d'outil mais de management. Vous connaissez sans doute cette formule. Certains la brandissent régulièrement telle une grande vérité, La loi suprême qui devrait tout guider.

Une simple enquête de terrain suffit pourtant à la relativiser. A montrer combien la question de l'outil est au contraire cruciale. Deux exemples d'entreprises que j'ai récemment rencontrées me l'ont encore confirmé.

Dans toutes les deux, l'on a fait le choix d'une plate-forme collaborative répondant bien au besoin de partage. Dans toutes les deux, c'est la dimension managériale qui a été mise au premier plan pour promouvoir la nécessité du partage. Mais dans toutes les deux, c'est l'outil que l'on a fini par faire évoluer pour favoriser cette démarche de partage.

« Notre outil est simple à utiliser, mais il n'est pas intuitif. C'est un aspect que nous n'avions pas repéré au départ et nous n'avions pas consacré de budget à cette question, m'expliquait ainsi le responsable de projet d'une de ces entreprises. Mais avec un recul de deux ans et une utilisation quotidienne de cet outil, nous constatons qu'il reste une étape à franchir pour favoriser son usage. L'une de nos nouvelles priorités est donc d'investir de manière importante dans le design et l'ergonomie. »

Ainsi, non seulement le collaboratif est bien une question d'outil, mais c'est même un facteur que tout management promouvant vraiment le collaboratif devrait mettre en avant, plutôt que de le présenter comme négligeable.

Quels moyens pour développer vraiment le collaboratif ?

Malheureusement, toutes les entreprises sont loin de faire autant d'efforts que celles évoquées ci-dessus, y compris dès l'initiation du projet. Dans bien des cas, l'on ne se soucie guère de l'utilisateur, de l'adéquation de l'outil à ses besoins métier, à ses usages.

Il est d'ailleurs cocasse de voir des DSI proclamer qu'en 2020 l'entreprise carburera à la collaboration et faire les louanges des outils collaboratifs (voir notre article) quand, dans la réalité, ils se contentent bien souvent de balancer aux utilisateurs une plate-forme collaborative sans trop se poser de questions et advienne que pourra. Bien sûr, il ne faut pas généraliser, mais quand même...

J'ai même vu des cas où les utilisateurs étaient associés dès le début du projet par la DSI, mais sans qu'au bout du compte leur préconisation dans le choix de la solution ne soit retenue. Certes, l'on nous expliquera que les DSI doivent jongler avec de multiples impératifs. Mais ce n'est pas une raison. C'est même, au contraire, le symptôme que le collaboratif est très loin d'être vraiment considéré comme devant constituer l'un des piliers de l'entreprise. Car les DSI ne sont bien sûr pas seuls en cause.

Derrière les belles communications sur le déploiement de plates-formes collaboratives et autres réseaux sociaux d'entreprise dont on nous abreuve ces dernières années, la réalité est souvent plus morose en termes de moyens pour développer réellement le collaboratif, que ce soit dans le choix de l'outil et de son adéquation ou en termes de management et d'acculturation.

Le risque de la transition numérique

Et la grande tendance de la transition numérique ne risque pas d'arranger les choses, quoi qu'on en dise. Certes, le numérique, c'est l'occasion de travailler autrement. Mais il s'agit surtout là d'une possibilité théorique. Et, dans ce vaste fourre-tout qu'est la transition numérique, quelle chance le travail collaboratif a-t-il vraiment de surnager ?

Un article récent du Nouvel Economiste qui fait le point sur la transition numérique nous apprend, par exemple, que le Royaume-Uni serait à la pointe en Europe, mais il n'est question que de « Digital Advertising », de plates-formes d'e-commerce ou de numérisation de l'Administration. Et je ne parle pas du Big Data, des objets connectés ou des applications mobiles. Non, transition numérique ne signifie pas forcément transition collaborative.

A ce rythme, ce n'est pas en 2020 que l'entreprise carburera à la collaboration, mais dans la plupart des cas jamais.

Bien sûr, il restera toujours, comme c'est le cas aujourd'hui, de petites équipes ou des individus esseulés ramant pour développer la collaboration avec pour presque seules ressources leur foi dans une autre manière de travailler et le soutien moral de la direction.

Bien sûr, il y aura toujours de belles histoires de communautés, de partage, de co-production, d'innovation participative, de processus métier socialisés. Mais d'entreprise collaborative, cela m'étonnerait.

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