Nous l’avions relevé dans un précédent édito, la tentation est forte dans les grandes entreprises de chercher le logiciel capable de tout faire. Pour les directions générales et informatiques, ce choix se justifie par une volonté de rationaliser les investissements et de s’appuyer sur de gros fournisseurs, assurant une couverture globale et une garantie de pérennité dans le temps.
Mais cette rationalité confine parfois à l’absurde. On se souvient de ce clip publicitaire où un émir cinglait son rejeton et sa petite voiture d’un « pas assez cher mon fils ! ». Ce slogan trouve quotidiennement sa transposition dans les murs de l’entreprise. Quel responsable de département ne s’est pas vu un jour opposer l’argument massue : « Il est sympa ton logiciel, mais il ne vaut même pas le prix qu’on a payé pour l’étude sur l’appel d’offre. »
C’est donc entendu, un bon logiciel c’est gros, c’est cher et ça fait tout. Un message évidemment reçu 5 sur 5 par les éditeurs. Dans le domaine du collaboratif, on voit ainsi un Sharepoint se lancer dans un grand écart entre les communautés et le décisionnel, les sites et les contenus, la recherche et les applications métier composites. Idem pour Jive qui après avoir multiplié les fonctions collaboratives, lorgne de plus en plus vers le social CRM et le Social KM.
Les spécialistes de l’ERP, qui ont dans leurs gènes la volonté de tout intégrer, tournent leur regard vers le réseau social, Oracle vient de le confirmer avec sa nouvelle offre Oracle Social Network. Dans cette course au couteau suisse avec le plus de lames, pourquoi ne pas ajouter encore l’annuaire et tout le référentiel de données d’entreprise ?
Malheureusement, le résultat débouche souvent sur des usines à gaz, à l’ergonomie si déroutante que même les consultants experts finissent par s’y perdre. On se retrouve aussi face à des méga-projets dont la mise en œuvre prend au minimum une grosse année, lorsqu’elle ne dérape pas… Alors qu’un petit réseau social, centré sur une fonction conversationnelle pourrait être déployé en quelques jours ou quelques semaines.
Dans certains cas, le petit outil aura droit d’exister en attendant le gros avec le statut de prototype ou projet expérimental. Dans d’autres, c’est le gros projet qui phagocytera les autres. De quoi retarder l’arrivée d’outils innovants et le changement culturel dans l’entreprise. Mais aussi de nourrir des rancœurs tenaces contre ceux qui ont fait le pari du logiciel unique.