Quand Twitter impose sa cadence aux médias en ligne

Quand l’actualité s’emballe vient le temps des éditions spéciales et des directs. Crises, révolutions, catastrophes, les premiers mois de 2011 n’ont guère laissé de répit. Une accélération dont raffolent les médias « chauds » comme les chaînes d’information en continu ou les sites d’information en ligne. Place à celui qui sortira le premier l’info.

Mais les événements récents ont aussi vu l’arrivée sur le devant de la scène des réseaux sociaux. Permettant à chacun de publier, relayer et commenter les informations en temps réel, ils apparaissent de plus en plus comme les vecteurs privilégiés pour l’échange de nouvelles, charriant l’information dans un immense flux d’activité. Le 11 mars, date du séisme au Japon, 177 millions de messages ont été envoyés rien que sur Twitter.

Twitter qui se présente lui-même comme un réseau d’information apparaît comme un redoutable concurrent pour les médias traditionnels. Aucune rédaction, même celle d’une grande agence de presse, n’est en mesure d’égaler sa cadence. Alors, à défaut de pouvoir aller contre, mieux vaut essayer de composer avec.

Une expérience participative d'une belle richesse

Le Monde.fr, par exemple, a généralisé ces derniers mois les fils interactifs de suivi en direct des grands événements d’actualité. La semaine dernière il a assuré un suivi ininterrompu pendant 6 jours des événements qui ont suivi le séisme au Japon. Une première dans l’histoire du quotidien en ligne.

Son dispositif à mi-chemin entre chat et flux d’information à la Twitter a réuni jusqu’à 25 000 personnes connectées en simultané. La difficile mission du journaliste « liveur » ? Agréger en temps réel un maximum d’informations venant de la rédaction, des agences, des sites d’information et des réseaux sociaux, tout en sélectionnant les commentaires et questions des participants et y répondre.

Le résultat de cette expérience de journalisme participatif est indéniablement d’une belle richesse. Vu le nombre de remerciements exprimés par les participants, nul doute que l’équipe a d’ailleurs trouvé là un moyen de renforcer les liens avec sa communauté de lecteurs, voire d’en transformer certains en ambassadeurs.

Mais l’initiative a aussi suscité son lot de critiques, tant sur l'aspect live que sur la façon de couvrir l’événement. Le quotidien en ligne s’est d’ailleurs fendu d’un article intitulé « Live sur le Japon : Le Monde.fr en fait-il trop ? », où il explicite sa démarche et se défend de faire du sensationnalisme, du voyeurisme ou de « racoler » l’audience. Il a aussi invité à poursuivre le débat sur sa page Facebook.

Avec le live, la problématique centrale qui est posée reste celle de la prise de recul. Un direct, on le sait, c’est périlleux et propice aux ratés. Mais l’intelligence collective qui résulte de la multiplicité des intervenants, des points de vue et des questionnements n’est-elle pas justement un bon moyen de parvenir à cette prise de recul, pour ensuite nourrir des articles de fond ?

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