Réseau social d'entreprise, cet illustre inconnu

Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, dit-on. La formule va comme un gant au domaine des réseaux sociaux d'entreprise (RSE), tant leur notoriété incontestée n'a d'égale que le nombre d'idées reçues dont ils sont victimes.

Encore la notion d'idée reçue reste-t-elle ici élégante. Car elle se prêterait mieux à désigner une méconnaissance honnête que la certitude bornée de ceux qui, précisément, ne veulent surtout pas voir et, en conséquence, ne voient rien du tout, préférant colporter leur propre vérité que se confronter à la réalité.

Dans le cortège des a priori, la dernière tendance à la mode est d'opposer RSE et outils collaboratifs productifs. La thématique n'a pourtant rien de nouveau. C'est la même antienne qui réapparaît sous de multiples formes, postulant l'inutilité des RSE sans y avoir jamais mis les pieds.

Derrière ce constat qui n'en est pas un, puisqu'il ne repose sur rien, c'est la vieille idée qu'il faut rester enfermé qui nous est en fait rabâchée. Enfermé dans l'immédiateté de ses objectifs, le nez collé dans ses processus, bien à sa place dans l'organisation du travail.

On ne saurait effectivement trouver plus antagoniste des RSE que cette philosophie. Il n'est donc pas étonnant que ces outils que l'on nous vend comme collaboratifs et productifs ne fassent en réalité que récupérer les technologies 2.0 pour les remettre dans le droit chemin, celui de l'entreprise telle qu'elle est et doit rester, irrémédiablement.

Que le message aille droit au cœur de ceux qui ne veulent surtout rien changer est une évidence. Quant à ceux qui se sentiraient rassurés d'avoir trouvé la formule magique, ils risquent de tomber bien haut de leurs illusions. Ou simplement de comprendre que le raccourci était une impasse, que tout le chemin reste à faire.

100 % des gagnants ont joué

Les projets de RSE sont, au demeurant, eux aussi soumis à la pression de ces discours cachant leur conformisme sous le masque d'un prétendu bon sens pétri de réalité vraie. Une pression telle, qu'il faut parfois bien tout border, montrer patte blanche. Au risque finalement de tout saborder.

Combien l'ouverture est au contraire consubstantielle aux RSE, c'est ce que vient pourtant encore confirmer la démarche de Michelin avec son réseau social interne BibSpace, auquel nous consacrons un article retour d'expérience cette semaine. Une ouverture ici synonyme de véritable éclosion des usages collaboratifs, où le RSE devient aussi naturellement le champ d'expérimentation de la transformation numérique.

Finalement, l'on pourrait appliquer au réseau social d'entreprise le célèbre slogan publicitaire d'un non moins célèbre jeu de hasard : 100 % des gagnants ont joué. Sauf que, bien sûr, il n'est pas question ici de hasard, mais « seulement » de la décision par l'entreprise que jouer le jeu est pour elle une nécessité. Autrement dit, de sa volonté d'explorer ce territoire inconnu en balayant les idées reçues et les conformismes. Et résistant aux sirènes de ceux qui, de toute façon, ne voudront jamais voir.

Promo Newsletter