Réseau social d'entreprise : la piste des anonymes

Le problème des plates-formes de discussion en entreprise, c'est l'absence d'anonymat, estimait la Community Manager Alexandra Rigaud lors d'une interview. Montrer qu'il s'agit d'espaces de liberté où chacun peut s'exprimer sans crainte est compliqué.

Pourtant, le non-anonymat présente des atouts indéniables, souvent mis en avant pour justifier son choix. C'est d'abord un gage d'auto-régulation, il évite que n'importe quoi soit dit au sein de la communauté. C'est ensuite un facteur d'adoption, à travers la reconnaissance qu'il procure à l'individu qui participe.

De fait, le pseudonymat n'appartient pas vraiment à la panoplie des bonnes pratiques transposées du web 2.0 grand public dans l'entreprise. Dans cette dernière, il ferait même plutôt figure de mauvaise pratique.

C'est pourtant cette voie qu'a choisie la DRH de SimplyMarket, la chaîne de supermarchés d'Auchan, pour sa plate-forme interne de discussions, qui fait l'objet cette semaine d'un article retour d'expérience sur Collaboratif-info. Lors de l'inscription, le collaborateur indique son matricule pour prouver qu'il est membre de l'entreprise. Mais au sein de la communauté, il est libre d'apparaître comme il le souhaite.

Premier avantage, être identifié à l'inscription, et donc identifiable, assure la même auto-régulation que le non-anonymat. Deuxième avantage, cet anonymat virtuel a un effet décomplexant. Comme l'explique Béatrice Javary, qui était en charge du projet à la DRH de SimplyMarket, « 90% des collaborateurs sont des employés de magasins qui n'imaginent pas se mettre en avant autrement que par leurs pratiques quotidiennes. Là ils ont plaisir à être reconnus seulement par ce qu'ils disent ou montrent. »

En déduire que le pseudonymat est un accélérateur d'adoption serait sans doute faire fausse route. Mais force est de constater qu'il rend lui aussi possible un processus de reconnaissance source de participation. Et qu'il est donc lui aussi le facteur d'une véritable adoption.

Au demeurant, l'histoire de MySimplyMarket le montre, l'adoption du pseudonyme lui-même est loin d'être immédiate et anodine. Au départ, les collaborateurs n'osent pas prendre de pseudonyme et indiquent leur prénom. Il faudra attendre que l'un d'eux se lance pour que cela fasse boule de neige.

Ensuite, comme le remarquait Béatrice Javary, le choix d'un pseudonyme témoigne également de la part des collaborateurs d'un important travail d'imagination. Ainsi, loin d'être un simple masque, une identité numérique sans histoire, le pseudonyme apparaît au contraire comme chargé d'appropriation, de construction, un acte déjà riche d'adoption.

Finalement, le retour d'expérience de SimplyMarket ne fait que rappeler une banalité : le collaboratif est une histoire de culture d'entreprise et d'humains. Mais d'entreprise et d'humains bien concrets. Si abstraire de situations déterminées des règles, des bonnes pratiques, des concepts, constitue un travail de formalisation nécessaire, encore ne faut-il pas tenter de les généraliser sans leur donner la latitude de ne pas pouvoir s'appliquer. Car en matière de pratique, c'est précisément la pratique qui a toujours le dernier mot.

De ce point de vue, suivre l'évolution de la communauté MySimplyMarket a toutes les chances d'être riche d'enseignements, et passionnant.

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