Réseau social : Google se recentre sur l'entreprise

Dans dix mois, ce sera fini. Google+ fermera ses portes au grand public. Il était apparu en 2011 pour concurrencer Facebook. Il n'a jamais vraiment décollé.

Ben Smith, le vice-président Ingénierie de Google, qui a annoncé la nouvelle dans un billet de blog, a reconnu ce déficit d'adoption. 90 % des connexions au réseau social duraient moins de 5 secondes, a-t-il même dévoilé.

Mais il pointe aussi un bug au niveau d'une API, une faille exposant « potentiellement » les données de profil des utilisateurs (nom, prénom, adresse e-mail, genre, âge, emploi). Découverte en mars dernier dans le cadre d'une revue de l'ensemble des API associées à Google+, cette faille est depuis colmatée. C'est cependant la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, semble-t-il.

« La revue des API a mis en lumière des défis significatifs à relever pour être à la hauteur des attentes des utilisateurs, explique sobrement Ben Smith. Etant donné le très faible usage de la version grand public de Google+, nous avons préféré l'arrêter. »

Faute d'utilisateurs, cet arrêt sera une perte pour peu de monde. A commencer par Google, qui peut largement se passer de cet échec. Il domine le marché de la publicité numérique, loin devant Facebook. En 2017, son chiffre d'affaires total était de 109 Md$, la part de la publicité se montant à près de 95 Md$. Dans le même temps, Facebook affichait 40 Md$ de revenus publicitaires.

Une brique de base de la collaboration

Google n'aura d'ailleurs pas tout perdu. En annonçant le crépuscule de la version grand public de Google+, Ben Smith a bien pris soin de prévenir que la version entreprise, elle, allait perdurer.

Histoire d'enfoncer le clou, le même jour, un billet du vice-président Product Management de Google+, David Thacker, précisait que l'investissement dans la version entreprise allaient même augmenter. Et, trois jours plus tard, c'est David Conway, un product manager, qui concrétisait le mouvement dans un autre billet, en présentant de nouvelles fonctions immédiatement disponibles pour faciliter la collaboration transverse dans Google+.

De quoi rassurer les entreprises ayant fait le choix de s'équiper de G Suite. Mais la décision montre aussi que l'outil « réseau social d'entreprise » a finalement réussi à se faire sa place dans les briques de base d'une offre collaborative.

C'est ce que constate, d'ailleurs, à propos de l'offre de Microsoft, la nouvelle étude du cabinet Lecko, Les nouveaux environnements de travail numériques, à laquelle nous consacrons un article cette semaine.

Teams a beau être devenu la priorité de l'éditeur, la pièce maîtresse d'Office 365, Yammer constitue, avec Sharepoint, l'un des deux autres grands piliers de cette offre collaborative.

La moins bonne nouvelle, c'est que cette brique reste à la traîne. Si les améliorations annoncées pour Yammer sont prometteuses, selon Lecko, le cabinet note aussi que le réseau social reste pour l'instant relativement isolé. « Les intégrations de Yammer avec le reste de la suite Office 365 progressent (Sharepoint, Live Event depuis Stream, etc.) mais à un rythme extrêmement lent. », soulignent les auteurs de l'étude.

Quant à Google+, il souffre lui aussi de cette insuffisance d'intégration au reste de G Suite. « La plate-forme n'est toujours pas à niveau pour embarquer de larges populations sur les usages de mise en réseau », constate Lecko.

Sur ce terrain du réseau social d'entreprise, il semble que les solutions de spécialistes aient donc toujours de belles cartes à jouer, pour proposer leur vision de l'environnement numérique de travail, collaboratif et social.

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