Salariés et hiérarchie : une fracture tenace

Parlons travail. C'est le titre d'une grande enquête en ligne interactive lancée en septembre dernier par le syndicat CFDT, en partenariat avec Libération et Viadeo. Elle est ouverte à tous les travailleurs en poste ou au chômage en France et plus de 100 000 personnes ont déjà répondu.

Sens du travail, sexisme, temps de travail, santé, salaire… A travers 25 thèmes, elle cherche à couvrir les principales composantes du travail et présente l'originalité de fournir les résultats en temps réel, pour peu que ces derniers soient significatifs sur le plan statistique.

Parmi les thèmes, figure bien sûr celui de la relation à la hiérarchie, sur lequel plus de 70 000 personnes se sont déjà exprimées. Et dans ce domaine, le tableau est plutôt mitigé, quand ce n'est pas noir.

Une large majorité (59%) de salariés considèrent ainsi que leur supérieur hiérarchique ne se soucie pas de leur bien-être, avec un pic chez les femmes travaillant dans le secteur public, qui sont 63 % à faire ce constat.

Autre avis où l'unanimité règne, de manière encore plus forte : 70 % des répondants estiment que leur supérieur cherche à se protéger plutôt que les protéger eux.

La situation est un peu meilleure lorsque les salariés sont interrogés sur l'aide que leur apporte leur supérieur dans l'accomplissement de leurs tâches, puisqu'ils ne sont que 52 % à juger que cette aide est inexistante…

Quant aux retours sur leur travail, la situation est partagée, même si la balance penche dans le mauvais sens. Ils sont ainsi autant, 36 %, à indiquer que leur chef ne leur dit pas grand-chose ou qu'il leur dit le pour le contre. Mais 17 % indiquent que leur chef ne s'exprime que pour critiquer. Et seuls 11 % déclarent qu'il positive quoi qu'il arrive (10 % dans le privé, 12 % dans le public).

Des “abrutis” sur lesquels il faut “aboyer”

Comment leur hiérarchie les considère-t-elle ? Comme des collaborateurs simplement, répondent les salariés à 42 %. Il sont quand même 27 % à estimer qu'ils sont considérés comme des personnes responsables avec qui on fait le point et 6 % comme des gens précieux qui comptent et sont respectés.

Mais 25 % des interrogés ont une vision moins favorable : 18 % se sentent comme des suspects que leur chef doit avoir à l'œil et 7 % comme des « abrutis sur qui il faut aboyer ».

Et quand on leur demande comment se déroulerait leur travail sans chef, seulement 11 % disent que ce serait plus difficile. Pour une grande majorité, 66 %, cela ne changerait pas grand-chose, tandis que 23 % estiment qu'ils travailleraient mieux.

Enfin, la fracture entre salariés et hiérarchie reste sans surprise tenace aussi sur la question salariale. 66 % jugent ainsi que les écarts entre les rémunérations les plus hautes et les plus basses sont trop importantes, et 64 % estiment qu'ils ne sont pas assez payés au regard des efforts qu'ils fournissent dans leur travail.

Et si 41 % des salariés jugent que leurs dirigeants sont rémunérés justement, 56 % considèrent au contraire qu'ils « se gavent ».

Mais ils sont quand même 3 % à déclarer que leurs dirigeants se sacrifient en termes de rémunération. Une petite éclaircie dans une ambiance bien sombre ?

Pour participer à l'enquête ou consulter l'ensemble des résultats : Parlons travail.

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