Salesforce veut inventer le futur du logiciel avec Slack

C’est finalement Salesforce qui aura eu le dernier mot. Un dernier mot payé au prix fort, puisque le spécialiste de la relation client débourse 27,7 milliards de dollars pour racheter Slack. La transaction la plus élévée connue dans le secteur du logiciel, devant les 34 Md€ lâchés par IBM pour Red Hat en 2019 et les 27 Md$ mis par Microsoft pour Linkedin en 2016.

Depuis plus de deux ans, la messagerie d'équipe cherchait à s'adosser à plus grand qu'elle. Comme nous l'expliquions alors (Slack : un duel avec Teams de Microsoft déjà perdu ?), il s'agissait de son unique option pour rester dans la course, sauf à se contenter de rester un produit de niche destiné aux start up et aux équipes IT et de développeurs.

A l'époque, Amazon semblait tout prêt de franchir le pas. Et la rumeur évoquait une acquisition de « seulement » 9 milliards de dollars.

Depuis, la situation concurrentielle ne s'est pas arrangée. Mais comment lutter face à un adversaire de la puissance de Microsoft, qui surfe sur son imposante présence dans le monde des grandes entreprises, à travers notamment sa suite collaborative Microsoft 365, qui inclut gratuitement le principal concurrent de Slack, Teams ?

De plus, le patron de Slack, Stewart Butterfield, n'a pas vraiment tort lorsqu'il pointe que l'usage de Teams se cantonne aujourd'hui essentiellement à la visioconférence ou aux appels audio. La progression spectaculaire des utilisateurs actifs de Teams (115 millions) ne le serait pas sans la migration de Skype for Business dans la messagerie d'équipe.

Un nouvel acteur de la collaboration généraliste ?

Visiblement, l'hystérie collective autour de la visioconférence n'a pas effarouché Marc Benioff, le patron de Salesforce, qui semble voir beaucoup plus loin. « Ensemble, nous allons façonner le futur des logiciels d'entreprise et transformer la façon de travailler dans le monde du tout-numérique et du travail depuis n'importe où », a-t-il déclaré.

Slack a-t-il décroché le gros lot ? Difficile à dire pour l'instant. Pour Salesforce, c'est en tout cas un changement majeur, puisqu'il va sortir de la logique portail de ses solutions de collaboration pour adopter celle conversationnelle de Slack. L'éditeur a ainsi annoncé que ce dernier deviendrait la nouvelle interface de Salesforce Customer 360, son portail collaboratif destiné aux équipes commerciales, marketing et service client.

Mais pour Slack, la question sera bien sûr de savoir si Salesforce saura déborder ce simple périmètre de la relation client pour devenir un acteur de la collaboration généraliste et rivaliser avec Microsoft sur ce terrain.

Slack lui en donne en tout cas les moyens. La messagerie d'équipe conserve une bonne longueur d'avance sur Teams, en termes d'ergonomie, de connectivité et de capacité d'automatisation. Une avance que devraient venir conforter les propres technologies de Salesforce, notamment sa solution d'intégration MuleSoft ou son intelligence artificielle Einstein.

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