« Ce sont les hommes qui font l'entreprise, pas les processus. » J'ai remarqué cette citation hier dans mon fil Twitter. Elle émanait d'un participant à l'Entreprise 2.0 Summit, un événement qui se déroule en ce moment à Paris et dont Collaboratif-info rendra bien sûr compte prochainement.
Si cette citation a attiré mon attention, c'est qu'elle est une bonne illustration du discours sur l'Entreprise 2.0, dont la philosophie est de remettre l'humain au centre de l'activité.
Au demeurant, en pointant la place de l'humain, ce discours des tenants de l'Entreprise 2.0 ne fait que remettre sur ses pieds la réalité. Comme le rappelle en effet le chercheur Jean-Luc Bouillon, dont nous publions l'interview cette semaine : « Aucune organisation taylorienne ne peut fonctionner sans des ajustements informels entre opérateurs, ajustements sur lesquels la hiérarchie est donc bien obligée de fermer les yeux. »
Mais pour Jean-Luc Bouillon, dont le champ d'investigation porte notamment sur la place des technologies de l'information dans l'évolution des organisations, l'Entreprise 2.0 ne dit pas non plus entièrement ce qu'elle est, une rationalisation de la coopération, de la dimension sociale qui a toujours servi de lien entre les activités et processus, dans un contexte où ces derniers étendent sans cesse leur domination.
« D'un côté l'on demande aux salariés de respecter de plus en plus les procédures, d'appliquer les modes opératoires, de rentrer les informations dans des applications métiers (CRM, workflow de gestion de projet, etc.) qui guident leur activité, de l'autre on les amène à déroger aux règles à travers des outils collaboratifs, qui conservent du même coup la trace écrite des contournements qu'ils opèrent, avec le risque que l'on puisse ensuite leur reprocher », explique-t-il.
En faisant entrer dans le champ organisationnel formel ce qui ressortissait jusqu'alors du domaine informel, les technologies sociales remettraient donc moins l'humain au cœur de l'entreprise qu'au centre du viseur.
Autant dire que pour évoluer dans une direction plus conforme à ce qu'elle dit d'elle et susciter vraiment l'engagement, l'Entreprise 2.0 ne pourra pas se contenter de perfectionner ses techniques d'animation de communautés et d'un nouveau mode de management.